Politique

Il faut se méfier des domestiques…


Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités

 

Cave domesticum ! Les femmes de chambre glissent silencieusement dans les couloirs. Dans leurs mains tintinnabulent discrètement les tasses de porcelaine posées sur le plateau du petit déjeuner. Les majordomes apportent de leur main gantée, sur un plateau d’argent, le courrier du matin. Ils sont invisibles, mais ils voient. Ils entendent aussi. Et si on n’a pas pris comme Zorro la précaution de les prendre muets, il parlent. Ils sont serviteurs mais, dans certains cas, peuvent devenir les maîtres quand ils tiennent en leurs mains la réputation des grands de ce monde.

Ces derniers temps, ce sont les candidats aux présidentielles françaises qui en ont fait les frais. Dominique Strauss-Kahn, candidat à la présidentielle de 2012, arrêté le dimanche 11 mai 2011. Nicolas Sarkozy, mis en examen jeudi dernier, alors que son retour dans la vie politique française se profilait en vue des présidentielles de 2017.

L’un est « tombé » sur le sexe, l’autre risque de tomber sur l’argent.

L’argent a évité au premier que la chute ne soit trop rude. La justice Far West, en Amérique, inflige des peines effroyables — jusqu’à 60 ans de prison, ou la mort — mais il est possible d’en éviter les rigueurs avec un bon avocat et beaucoup d’argent. Mais la justice française, lente, vieillotte, sans moyens, l’a tout de même rattrapé.

Contre Nicolas Sarkozy aussi, elle poursuivra son petit bonhomme de chemin, inexorablement. Les réactions de Thierry Mariani ou du jeune « copéiste » Geoffroy Didier, dès l’annonce de cette mise en examen, ont été symptomatiques : leur héros, leur mentor, leur ami est forcément « innocent », forcément « honnête », et les juges sont avant tout « politiques ». Ils se vengent d’avoir dû subir « Rachida la favorite » comme ministre, du mépris affiché par Sarkozy lui-même à leur égard.

La justice a, on le sait, les yeux bandés. Cela veut-il dire pour autant qu’elle va là où le dernier politique qui a parlé veut l’emmener ?

Il est un endroit où l’influence politique joue : c’est la place du dossier dans la pile débordante de chaque juge. Oui, c’est vrai, certains dossiers ne « sortent jamais », oubliés jusqu’à prescription…

Mais une fois qu’ils sont sortis, le processus suit le cours laborieux d’une justice dont les délais de jugement ne se sont guère raccourcis depuis Georges Dandin. À l’heure du tweet et du mail instantanés, il faut des mois voire des années pour prouver culpabilité ou innocence.

À tel point que « présomption d’innocence » est devenue pour tous « présomption de culpabilité », que « mis en examen » signifie « condamné », et que « prévenu » est synonyme de « coupable ».

Le doute, en politique, ne profite pas à l’accusé.

Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités