Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 9 août 2018

Il faudra apprendre qu’il y a de la cruauté, de l’ensauvagement dans la nature

En Lozère, des vacanciers se plaignent des cloches qui sonnent trop tôt le matin. En Provence, un couple de touristes parisiens a voulu déposer plainte à cause du chant des cigales…

Réaction au micro de Boulevard Voltaire de Michel Maffesoli.

Une vacancière de Lozère a demandé que la cloche arrête de sonner à 7 heures, car cela la réveille tous les matins.
Qu’est-ce que cela traduit ?

Selon moi, le moment que nous vivons est davantage au retour à la nature et à la campagne. Mais dans ce mouvement, nous avons le meilleur comme le pire.
J’ai en effet vu cette information concernant cette dame qui ne supporte pas que l’Angélus sonne tous les matins. Je ne pense pas que cette attitude relève d’un mouvement général. Il s’agit juste d’un mouvement de mauvaise humeur d’une citadine qui ne sait pas que l’Angélus est nécessaire au rythme de la vie de ces villages. Je ne pense pas que ce soit de la mauvaise foi. Je dirais que c’est juste de la mauvaise humeur et une certaine inadéquation entre une citadine et ce qu’est la réalité de la vie d’un village.

Ce n’est toutefois pas la première fois que nous rencontrons ce type d’attitudes. Il y a quelques mois, quelqu’un portait plainte contre un agriculteur parce que ses vaches faisaient trop de bruit avec leurs cloches ou encore d’autres qui se plaignent des cigales dans le Sud.
La campagne n’est-elle plus vue uniquement comme un moyen de se reposer par des gens qui l’auraient définitivement quitté ?

Ce n’est pas ma conviction. Je pense que ces attitudes ne sont que des mouvements de mauvaise humeur. Je ne pense pas que ce soit une tendance générale.
La vraie tendance est plutôt de se recycler, au sens simple du terme, de retrouver un rythme villageois, ou provincial, qui n’a rien à voir avec le rythme citadin. Cette dame habite peut-être rue de Rivoli ou le Boulevard Saint-Germain à Paris où il y a aussi des bruits de voitures. Il faudrait donc qu’elle dépose plainte contre les automobilistes qui passent dans sa rue…
Au-delà de ce cas précis, je décèle plutôt une tendance profonde pour un nouvel amour de la nature et de ces vies villageoise et provinciale.

En 2012, 75 % des Français habitaient en ville. Ont-ils oublié que la nature peut aussi être bruyante ?

Il faudrait se donner un peu plus de temps pour constater précisément combien de jeunes couples quittent les grandes mégapoles. Il est difficile de donner les chiffres actuellement, mais il faudra y être attentif. Je dirais que le retour à la province, pour ne pas dire à la campagne, va être un phénomène non négligeable engendré par le souci d’une vie plus qualitative et plus agréable.
Il faudra cependant réapprendre que la nature n’est pas toute simple. Il y a de la cruauté et de l’ensauvagement. Les citadins en ont perdu le souvenir. Il y a un côté dur dans la vie villageoise. Tout le monde se connaît et tout le monde se parle, et il y a ces cloches qui sonnent l’Angélus, et les vaches avec leur cloche…
J’ai écrit un livre qui s’appelle Ecosophie, la sagesse de la maison commune. Je crois qu’il y a aujourd’hui une mentalité plus écosophique. Je n’ai pas dit écologique. Cela n’a rien à voir avec la sensibilité politique de l’écologie. Je parle d’une sensibilité par rapport à la nature. C’est pour moi une tendance de fond.
Pour autant, en même temps, il faudra réapprendre que dans la nature, il y a aussi cette dimension que nous avions gommée, l’aspérité, la rudesse et parfois la difficulté.

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