« Ida » et Wanda ? Da, da ! Chef-d’œuvrrre !

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

… ou plutôt « tak, tak », puisqu’il s’agit d’un film polonais, non russe. Et quel film ! Le public l’a élu avec ses pieds. Sorti sans fanfare dans 88 salles, le 12 février 2014, il est passé à 125 écrans une semaine après, ayant séduit 81.936 spectateurs qui en ont parlé autour d’eux.

L’histoire, le « pitch », l’argument ? Dans la Pologne de 1962, consolée des horreurs nazies par les délices staliniennes, une novice catholique s’apprête à prononcer ses vœux définitifs. Minute, lui dit en substance sa supérieure, tu dois d’abord rendre visite à ta tante. Elle a à te parler.

En effet : Ida apprend qu’elle est juive. Puis sa tante la met dehors. Une heure après, elle va la chercher dans la salle d’attente des autocars, et commence le « road movie » de ce couple douloureux, la Gentille et la Méchante.

Elles sont à la recherche de leur famille, assassinée au fond d’un bois pendant l’Occupation. La tante, « Wanda la Rouge », fut procureur général, et elle a envoyé à la potence plus d’un « ennemi du peuple », confesse-t-elle à sa pieuse nièce. À présent, elle juge des voleurs de pommes, elle boit la vodka à la bouteille, elle fume à la chaîne et elle dévore un homme différent chaque nuit. Quel exemple pour une jeune religieuse !

Voici le réalisateur, Pawlikowski, 57 ans, prophète en son pays, un exploit que le Christ lui-même n’a pas accompli. En effet, le cinéaste, exilé de longue date en Grande-Bretagne, y avait commis quelques œuvres confidentielles et tortueuses. De retour en Pologne, il voyage aussi dans le temps : le noir et blanc, avec le format d’écran 4/3, transporte d’emblée le spectateur un demi-siècle en arrière.

La musique : marier harmonieusement Bach et Coltrane, pas mal non plus.

Dimanche 23, j’ai écouté attentivement « Le Masque et la plume », sur France inter. Au nom des Inrockuptibles, l’âne Lalanne fustigea « l’académisme » et la beauté d’Ida, d’une petite voix efféminée, bavant de haine. Et puis… tous les autres critiques, l’animateur Jérôme Garcin en tête, lui sont tombés dessus ! Lui jetant à la figure « l’académisme » des « caméras malades de Parkinson » filmant des tordus de dos. Un massacre.

Un sacrifice humain aux pieds de l’humble mais divine Ida.

« Ida« , de Paweł Pawlikowski avec Agata Kulesza, Agata Trzebuchowska, Dawid Ogrodnik… 1 h 19.

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