Discours - Editoriaux - Histoire - 28 mars 2018

Hommage national au colonel Arnaud Beltrame : il y aura un avant et un après

Pour l’hommage à Arnaud Beltrame, les journalistes étaient priés de grimper au deuxième étage, dans les coursives. Non sans avoir posé au préalable leur sac dans un coin, le temps qu’un chien de gendarme les renifle un à un. Nous savons pourquoi nous sommes là, cette ultime vérification vient nous le rappeler : la France est un pays en guerre.

De là-haut, la vision est grave et magnifique : la cour carrée des Invalides, les troupes au garde-à-vous, les drapeaux au vent. Même la pluie rajoute à la solennité.

Les élus, serrés dans leurs pardessus, se dépêchent de rejoindre les bas-côtés protégés. Il y a les rubiconds et les maigrichons, les joviaux qui serrent la pince à tout le monde, et les hautains qui croisent les bras. À côté des soldats droits comme des ifs, ils paraissent tout petits.

Les ministres arrivent, le Président aussi. La garde républicaine joue « la Marseillaise » – « Entendez-vous dans les campagnes/ Mugir ces féroces soldats,/ Qui viennent jusque dans vos bras,/ Égorger vos fils, vos compagnes », puis la « Prière du para », chant de l’EMIA dont est issu Arnaud Beltrame – « Mon Dieu, Mon Dieu, donne-moi la souffrance […] donne-moi ce que les autres ne veulent pas […], mais donne-moi la foi, donne-moi force et courage, pour que je sois sûr de moi » : les paroles ont une résonance toute singulière en ce jour.

Enfin est porté solennellement le cercueil, couvert du drapeau tricolore. Dans les coursives, les journalistes eux-mêmes sont silencieux. Ne bricolent plus leur matériel, n’échangent plus entre eux, comme si – tout blasés qu’ils sont – ils avaient reconnu un instant historique.

Je ne sonde pas le cœur et les reins d’Emmanuel Macron. Je ne sais dans quel contexte a été rédigé son discours. Je ne sais s’il l’a fait écrire, rouvrant en douce la porte de l’Élysée à Patrick Buisson, ou l’a écrit lui-même. Je ne sais s’il a été touché par la grâce, ému par tant de courage, ou simplement convaincu par tel ou tel que seul un texte ficelé de cette façon pouvait porter. Je ne sais si, derrière tout cela, il y a des convictions ou seulement une intelligence de situation. Mais je sais que son discours a été un hommage vrai, saluant non seulement l’homme mais aussi toute la France qu’il incarnait, une France marginalisée, moquée, neutralisée mais dont seules les valeurs éternelles pouvaient en réalité susciter un tel sacrifice.

Et ce sont ces dernières, toutes seulettes, humbles et poussiéreuses, oubliées dans leur coin, qu’Emmanuel Macron a convoquées ce matin, comme Cendrillon en haillons invitée par le prince : l’Histoire de France tout d’abord avec ses figures tutélaires – Jeanne d’Arc citée deux fois -, et puis le courage, le sacrifice, la fidélité, le service, l’engagement, le don de soi, la transcendance, l’exemple (« vertu cardinale ») et même « l’exemple qui vient du chef ». Il est à noter, en effet, que le colonel Beltrame n’est pas un simple soldat – seul militaire à trouver à la rigueur grâce aux yeux de la gauche car il est, pense-t-elle, victime de sa hiérarchie et chair à canon – mais un officier. Qui avait lui même « ses héros, […] les grands soldats français », et qui « a rejoint aujourd’hui le cortège valeureux des héros qu’il chérissait ».

Et Emmanuel Macron de fustiger en même temps « le relativisme morne » – mais oui ! -, le « nihilisme », décidant de désigner sans ambages l’ennemi – « les islamistes », et non simplement les terroristes – ou encore « les imams de haine et de mort ». Pour lui, Arnaud Beltrame est un « résistant », au sens historique du terme. Mais qui sont donc, alors, les collabos ? Sur les côtés, venus rendre l’hommage du vice à la vertu, combien d’élus de la compromission et de la soumission se tassent ?

« Sa mémoire vivra. Son exemple demeurera, J’y veillerai, je vous le promets. » Emmanuel Macron s’est engagé. Devant un cercueil, devant une famille endeuillée, et surtout devant toute la France réunie qui ne se satisfera pas d’un éloge funèbre bien tourné. Plus encore qu’un Bossuet, il faut un chef déterminé. Y aura-t-il un avant et un après Arnaud Beltrame ? À lui de jouer.

Commentaires fermés sur Hommage national au colonel Arnaud Beltrame : il y aura un avant et un après

À lire aussi

Je suis égoïste, irréfléchie et j’en suis fière !

Plus vicieux encore, j’aime mes polluants atmosphériques. …