Editoriaux - Politique - 30 janvier 2019

Hitler ou rien ! Élections européennes : l’impossible débat

Certes, ce n’est pas une nouveauté. Il y a même un bon moment que ça dure. Trente, quarante ans peut-être… Chez nous, Français, on peut globalement dater cela des premiers succès du Front national de papa Le Pen. Je parle, ici, de la « reductio ad hitlerum ».

Pas une question, pas un sujet qui ne soient désormais envisagés sous cet angle. Éducation, immigration, mariage gay, homoparentalité, enseignement, gilets jaunes… toutes les questions sociétales passent dans cette moulinette. Facho vs. pas facho, le camp du bien contre celui du mal. Blanc-noir, pensée binaire (c’est-à-dire pas de pensée du tout), voilà notre pendule à coucou.

Monsieur Mike Godwin a fort bien théorisé la chose, appelée, depuis, loi de Godwin. C’est la reductio ad hitlerum à l’heure d’Internet. Voici la définition qu’en offre Wikipédia :

« L’un des interlocuteurs atteint le point Godwin lorsqu’il fait référence à un fait en lien avec la Shoah ou le nazisme alors que le sujet de départ ne s’y prêtait pas.
Godwin distingue la loi de Godwin de l’erreur logique désignée par la pseudo-locution latine
reductio ad hitlerum, attestée depuis les années 1950, qui est une spécialisation de l’argumentum ad hominem et surtout de l’argumentum ad personam déjà décrits et attestés depuis plus longtemps encore. La loi de Godwin introduit l’idée selon laquelle un tel argument est inévitable dans un débat qui s’éternise. »

Il s’agit là de la tactique favorite des politiques en mal d’argumentation : il faut agiter le spectre du retour « aux heures les plus sombres de notre histoire ». Les proches élections européennes esquissent un scénario qui ne va pas dans le sens espéré par « les belles personnes » qui nous gouvernent, c’est pourquoi madame Nathalie Loiseau, notre ministre chargée des Affaires européennes, a abattu ce dimanche son point Godwin comme ultime coup de poker.

Ce 27 janvier, 74e anniversaire de la libération d’Auschwitz, madame Loiseau (dont Marianne nous rappelle qu’elle fut directrice de l’ENA, ce qui en dit long sur les méthodes enseignées à nos « élites ») n’a pas hésité à balancer deux tweets renvoyant dans les rangs des tortionnaires nazis ceux qui oseraient remettre en cause le modèle de l’Union européenne.

Le premier, illustré d’une photo de Simone Veil assortie de cette citation : « Le fait d’avoir fait l’Europe m’a réconciliée avec le XXe siècle. » Commentaire du ministre : « La construction européenne est née en réaction à la barbarie du XXe siècle. Qu’ont donc en tête ceux qui aujourd’hui veulent affaiblir l’UE ? En ce jour de commémoration de la libération d’Auschwitz, n’ayons pas la mémoire courte. » C’est simple comme l’ENA : toute personne qui trouve à redire sur la façon dont notre continent se déconstruit, critique l’élargissement à marche forcée ou les traités fumeux est un nazi en herbe.

Au cas où l’on aurait mal compris, Nathalie Loiseau en remet une dose trois heures plus tard. Sous la photo d’un texte rédigé d’une écriture enfantine, disant « Ma grand-mère devait porter une étoile jaune sur son manteau. Moi j’ai la chance d’avoir douze étoiles sur mon drapeau ! », assorti, bien sûr, du dessin de l’étoile jaune et du drapeau, elle écrit : « 74e anniversaire de la libération d’Auschwitz. L’étoile jaune fut la honte de l’Europe. Les douze étoiles du drapeau européen nous le rappellent : plus jamais ça. »

Bel exemple de manichéisme inepte et frisant scandaleusement la malhonnêteté intellectuelle. Formatage hélas répandu chez nos crânes d’œuf, tel Emmanuel Macron, en octobre dernier, qui nous disait déjà être « frappé par la ressemblance entre le moment que nous vivons et celui de l’entre-deux-guerres », ayant dans ses cauchemars la vision de l’Europe en train de « se démembrer par la lèpre nationaliste et d’être bousculée par des puissances extérieures ».

Alors, ne boudons pas les urnes : allons voter !

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