Non, hier, ce n’était pas un « match pour l’histoire » !

Le Figaro, récemment, dans un de ses titres de première page, surfait sur la vague bleue : « France-Allemagne : un match pour l’histoire ». […] Si la victoire d’une équipe, à laquelle ils n’appartiennent pas et dont des joueurs font une carrière très rémunératrice dans des clubs étrangers, peut contribuer à l’équilibre psychologique des Français, de ceux qui ont des difficultés en fin de mois, en particulier, et augmenter leur confiance en eux, il faut s’en réjouir.

Mais le risque est grand aussi de cacher la réalité du monde derrière l’illusion fugace d’un jeu qui n’aura aucune suite en dehors de lui sauf pour le Brésil parce que les investissements et les supporters auront participé à son activité économique.

Le titre du Figaro est ridicule. Le football n’a rien à voir avec l’histoire. Il appartient à la chronique du sport. Celle-ci aligne les dates, les compétitions, les résultats. Aucun fait n’a de lien avec les suivants dès que la compétition et ses classements sont terminés. L’échec de l’équipe de France, dès le début en Corée, alors qu’elle avait été championne quatre ans plus tôt le montre bien.

L’histoire, au contraire, est une totalité. Elle est constituée par des séries d’événements déterminées par des relations de causes à effet, et qui peuvent se rejoindre. L’histoire est devenue vraiment mondiale, elle, et tous les hommes sont appelés à faire vraiment partie des équipes qui vont gagner ou qui vont perdre. Ces équipes, qu’on le veuille ou non, ce sont les nations, et les entraîneurs en sont les Etats et les gouvernements.

Les effets pervers de la confusion entretenue entre l’histoire et l’almanach du football, entre une équipe de onze joueurs sur le terrain et la nation qu’ils sont censés représenter, entre les rencontres sportives et les relations politiques sont évidents. L’illusion compensatrice est substituée au réel.

Si le jeu, par définition, est clos sur lui-même, avec son espace, sa durée et ses règles propres, il est, comme le pensait Eugen Finck, symbole du monde. Dans le jeu, les forces présentes dans le monde sont réduites à des éléments perceptibles. Lorsque la partie s’arrête, le résultat est clair et définitif.

Le monde réel n’est pas comme ça. Le remplacement de la guerre par le sport inauguré par les Jeux Olympiques, lors de trêves sacrées, est aujourd’hui sous-jacent aux grandes compétitions internationales. On sait l’acharnement des totalitarismes à affirmer leur suprématie à travers leurs résultats sportifs, allant pour ce faire jusqu’aux manipulations chimiques aux dépens des athlètes. […] Quels que soient ses résultats sportifs, la France va très mal sur tous les plans […]. Les joueurs sont mobilisés parce que le « mondial » aura un effet sur leur carrière. La nation n’a pas grand-chose à y voir.

Quant à la politique, son lien avec le sport se réduit en démocratie à deux aspects. Elle y trouve un divertissement populaire qui distrait les foules, ce qui est très utile lorsqu’une gouvernance faiblarde affronte sans courage ni talent une crise ardue. Elle permet aussi aux histrions qui font semblant de nous gouverner de changer leur image comme on change de lunettes en éveillant la sympathie. Quel bonheur d’aimer le foot comme tout le monde, quand l’« autre » est traité comme n’importe qui par la Justice qui cherche à le rattraper. A présent, c’est hélas le réel qui va rattraper les Français.

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