Grèce : le bafouillage des perroquets

Avocat, universitaire, essayiste
 

Les perroquets qui répétaient, depuis 15 ans, les fadaises qui leur permettaient de poursuivre de brillantes et juteuses carrières commencent à bafouiller, déconcertés depuis quelques jours, leurs catéchismes européens. Et à y ajouter des mensonges.

Il est « septentrionalement correct » d’accabler les Grecs et Tsípras : « Timeo Danaos et debita ferentes. » Certes, les Grecs n’ont pas joué le jeu d’un État moderne. Certes, Tsípras est agaçant. Si agaçant qu’on a fini par oublier qu’il n’est là que depuis janvier 2015. Mais est-il en quoi que ce soit responsable de la situation économique et sociale actuelle en Grèce ? Situation qui a été engagée depuis que le PASOK (Simítis) des copains de Hollande est venu aux affaires en 1996, et qu’il n’a eu de cesse, jusqu’en 2004, que de se donner le « rôle historique » de faire entrer la Grèce dans l’euro. Après Simítis, la droite de Karamanlís a chaussé ses bottes, et ce n’est que Papandréou (PASOK) qui a fini par confesser, en 2010, que ses prédécesseurs avaient menti. Et depuis 2012, la Grèce a changé quatre fois de gouvernement : les spasmes de la fin.

Mais ce drame grec, qui pourrait préluder celui de l’euro et de l’Europe, a des coupables qui sont bien loin d’être tous hellènes.

Il y a d’abord, dit-on, la banque US Goldman Sachs. Chargée d’auditer les comptes de la Grèce pour certifier, au prix de truquages, que la Grèce respectant les critères de convergence de Maastricht pouvait accéder au Graal de la monnaie unique. Qui l’a choisie ? Qui a contrôlé ses missions, ses méthodes et les résultats exposés ? Qui va engager en justice la responsabilité (des dizaines de milliards de dollars) pour les fautes lourdes de cette banque ?

Mais il y a aussi le FMI (qui avait déjà fabriqué de toutes pièces la crise financière asiatique en 1980) qui n’a pas contrôlé le travail de Goldman Sachs lors de l’accession à l’euro, et a continué à financer la Grèce (soutien abusif, ce qui est un deuxième cas de responsabilité judiciaire). On peut ajouter la BCE, l’Eurogroupe.

Et les trois derniers Présidents français, qui nous accablent d’une ardoise de près de 50 milliards de soutiens financiers imbéciles à la Grèce, que nous ne reverrons jamais : les chômeurs, les agents de l’État, les contribuables, les électeurs apprécieront cette onéreuse moussaka.

Et il y a, désormais, le plus difficile à supporter : les bafouillages des perroquets qui continuent à occuper la volière médiatique, mais dont le ramage, appris et répété cent fois, sonne à présent si faux qu’il en sont eux-mêmes déstabilisés. Surtout ne pas dire la vérité, feindre de confondre sortie de l’euro et sortie de l’Europe, mentir éhontément en rabâchant que la sortie de l’euro :

– serait catastrophique pour la Grèce ;
– serait sans incidence sur l’Europe.

Alors que c’est pratiquement le contraire.

La leçon grecque ne fait que commencer. L’Italie ? Personne ne pourra l’aider, vu sa taille économique. Et le précédent athénien par lui-même en dissuadera. Mais elle fera aussi inévitablement défaut (voir les travaux de Steve Keen, sur les politiques de restrictions budgétaires, qui dénoncent l’« équivalence ricardienne » cause de nos maux ; comme d’ailleurs l’idée ricardienne d’un commercialisme mondial sans contrôle).

Et la France également : si Hollande veut acheter la paix sociale en empruntant 200 milliards supplémentaires par an, au train où vont les choses, notre pays bien-aimé se retrouvera en 2017 avec 2.500 milliards d’euros de dette. Cynique ? Stupide ? Incompétent ? Irresponsable ? L’Histoire (ou des tribunaux spéciaux) instruira son procès et celui de toute la caste dirigeante depuis 25 ans. Il faudra, alors, se souvenir du début du processus ; car nous devrons bien connaître la façon dont ils ont déconstruit notre Europe, pour que nous puissions la reconstruire différemment, avec intelligence et vertu.

Le traité de Maastricht, pour cause imminente du traité de Marrakech (l’OMC d’inspiration américaine prohibe les préférences commerciales, même sous-régionales), a abattu un des deux piliers de l’édifice européen : la préférence communautaire, retirée du texte du traité de Rome. Dans les salons bilderbergiens, on a alors bidouillé l’idée américaine scientifiquement débile (ou machiavélique ?) de remplacer la préférence par une monnaie unique : il fallait un hochet sonore pour détourner l’attention.

Superbe résultat…

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