Quand le PCF était à la botte de Moscou

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Il y a cinquante ans tout juste, le Parti communiste français organisait sa dernière journée du XVIIIe congrès à Levallois-Perret. Rien de plus normal puisque cette ville était alors dirigée par le dénommé Parfait Jans (1926-2011), chauffeur de taxi de son état, devenu maire communiste à la faveur du scrutin de mars 1965, puis député deux ans plus tard. Cet homme du cru, né à Levallois de parents immigrés d’Italie, avait réussi à détrôner le gaulliste Charles Deutschmann. Il restera trois mandats en place avant d’être, à son tour, battu par Patrick Balkany, en 1983. Un clientélisme chassait l’autre…

Les débats du XVIIIe congrès s’ouvrent le 4 janvier 1967 pour se clore quatre jours plus tard, le 8. Des milliers de camarades sont présents. Tous ont encore en tête l’image de Maurice Thorez, mort peu après le XVIIe congrès de 1964. C’est d’ailleurs par un hommage très appuyé que Waldeck Rochet (1905-1983), le secrétaire général qui lui a succédé, entame d’une voix vibrante et rocailleuse son discours de clôture, devant les têtes d’affiche du parti : Georges Marchais, Elsa Triolet, Louis Aragon, Roger Garaudy, Gaston Plissonnier, Benoît Frachon, Henri Krasucki et bien d’autres. Une minute de silence est observée en l’honneur de ce grand collaborateur qui a approuvé le pacte germano-soviétique et qui s’est ensuite réfugié à Moscou après sa désertion de septembre 1939…

Les monologues, car il n’y a pas de débats, et les discours lénifiants des dirigeants concernent, bien sûr, la politique nationale et aussi internationale depuis l’intervention des militaires américains au Vietnam. Car depuis le XVIIe congrès, le président américain Lyndon Johnson a fait adopter une résolution du Congrès qui lui laisse les mains libres pour intervenir au Vietnam.

Conséquence : les troupes américaines sont massivement déployées au sol. Naturellement, Archid Pelche, délégué du Parti communiste d’Union soviétique, dans un discours traduit simultanément du russe en français, salue « la profonde maturité politique » des communistes français et apprécie le « témoignage de fidélité inébranlable du parti au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien ». Le délégué soviétique ne manque pas non plus d’évoquer l’agression américaine contre le Vietnam. Les Vietcong ont, d’ailleurs, envoyé une délégation qui est longuement applaudie à la tribune.

Quant à Waldeck Rochet, il rappelle les liens forts qui unissent le PCF et le PCUS, cette amitié « pour l’intérêt des deux pays » et au-delà pour la sécurité européenne et internationale.

C’était le temps où les vrais communistes étaient de vrais staliniens, clairement identifiés, et répondaient comme un seul homme aux ordres de Moscou, qui le leur rendait bien en finançant de manière très occulte la place du Colonel-Fabien.

Resté très orthodoxe dans ses positions, le PCF se veut, en ce début d’année 1967 où il pèse encore plus de 20 % des voix, une tête de pont du marxisme-léninisme dans l’Occident chrétien. Il a soutenu l’invasion/intervention militaire soviétique contre l’insurrection de Budapest en 1956. Il s’appuie sur la CGT qu’il finance en sous-main pour écarter les militants trotskistes un peu trop présents à son goût dans le parti (entrisme) et dans le milieu ouvrier. Quelques mois plus tard, il sera très discret sur l’invasion soviétique en Tchécoslovaquie… C’était il y a cinquante ans. Aujourd’hui, le PCF ne représente plus que l’ombre de lui-même. On ne peut que s’en réjouir.

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