Helmut Kohl : mort d’un grand bonhomme qui s’est fourvoyé avec l’Europe

 

Affecté depuis quelques années par d’importants problèmes de santé, Helmut Kohl vient de mourir.

Entré en politique dès l’âge de 16 ans, chancelier allemand de 1982 à 1998 – un règne ! –, il appartenait à cette génération de personnalités politiques qui avaient connu la guerre, même si, contrairement à son frère aîné – parachutiste tué sur le front de l’Ouest –, il ne participa pas aux combats, malgré un enrôlement dans les auxiliaires de la Luftwaffe.

On se souviendra, bien sûr, de son recueillement à Douaumont, main dans la main avec François Mitterrand, parachevant aux yeux du monde une amitié franco-allemande débutée avec de Gaulle et Adenauer.

On se souviendra aussi qu’après la chute du mur de Berlin et du gouvernement est-allemand, en 1989, Kohl précipita la réunification du pays avec son plan de réunification, ce qui lui valut d’être le « chancelier de l’unité ». La récession ultérieure, plus le refus d’établir « une parité d’un mark de l’Ouest pour trois ou quatre marks de l’Est » (source : les4verites.com), eu égard aux disparités économiques entre les deux Allemagnes, lui vaudront de céder sa place à Gerhard Schröder, du SPD (Parti social-démocrate d’Allemagne).

Cet « animal politique », a ainsi titré Libération – d’après la phrase fameuse d’Aristote –, était surtout un européiste convaincu et fut l’un des principaux artisans de la construction européenne : ardent défenseur de l’euro et l’un des principaux artisans du traité de Maastricht.

Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé qui, en apprenant la mort de l’ancien chancelier, a tweeté : « Avec Helmut Kohl, nous perdons un très grand Européen. » Pareil pour Angela Merkel, son héritière à la CDU – Union chrétienne-démocrate d’Allemagne – qu’il appelait « la gamine », laquelle a déclaré à propos du défunt : « Il a changé ma vie de manière décisive. » Et, à son tour, en ouvrant les vannes de l’immigration massive, l’actuelle chancelière allemande a changé la nôtre ! 

Mais, comme Mitterrand, « derrière ses airs bonhommes, le “géant du Palatinat” a construit un système impitoyable pour ses adversaires comme pour ses proches, destiné à perpétuer son règne » (source : Le Monde).

La « gamine » trahira tout de même son mentor en dénonçant ses montages financiers – encore un point commun avec Mitterrand ! –, l’obligeant à quitter la CDU en 2000. Dès lors, l’ex-chancelier n’aura de cesse de fustiger Merkel.

Toutefois, et cela mérite d’être rappelé, Helmut Kohl, par ailleurs catholique pratiquant, n’était pas politiquement correct, notamment face à la crise des migrants provoquée par Angela Merkel : « La solution se trouve dans les régions concernées », écrit-il. « Elle ne se trouve pas en Europe. L’Europe ne peut devenir la nouvelle patrie de millions de gens qui à travers le monde sont dans le besoin. » Une critique à peine masquée à l’égard d’Angela Merkel (source : Le Point).

Hélas, tel le docteur Frankenstein, sa créature politique a échappé à Kohl, et l’on voit aujourd’hui le résultat.

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