Abbé Guillaume de Tanoüarn : « Le recteur Tareq Oubrou est une personne spirituelle  »

Prêtre catholique

Membre de l’Institut du Bon-Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections

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Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.

Le 9 décembre, vous participiez à un colloque organisé par Fils de France sur le thème « Catholique, musulmans : partenaires ou adversaires ? », à l’occasion duquel vous avez longuement débattu avec l’imam Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux. Quelle peut être l’utilité de ce type de rencontres ?

La rencontre publique entre un imam et un prêtre catholique manifeste une volonté de se connaître, de ne pas rester, dans la même société, les uns à côté des autres, en s’ignorant, en entretenant toutes sortes de préjugés sur des personnes que l’on jugerait de manière purement abstraite, uniquement à travers leur doctrine. Toute rencontre signifie un respect. Pour moi le respect, c’est, au-delà de toutes les communautés, la forme laïcisée de la charité. Le respect et la charité ont le même caractère d’universalité. On ne respecte pas seulement son conjoint, ses proches, ses coreligionnaires, mais tout homme, dans la mesure où il ne triche pas avec sa propre vie. Et ce respect, que l’on doit à autrui, c’est la forme la plus élémentaire, la plus nécessaire de l’amour du prochain. Dans ce cadre d’ailleurs, j’accepterais n’importe quelle invitation.

Si, à l’évidence, les dogmes diffèrent entre ces deux religions, existe-t-il néanmoins un socle de valeurs communes ? Et si oui, ce dernier peut-il être utile à l’apaisement de la société française, tenaillée par divers communautarismes ?

Je n’aime pas le mot « valeur » car la valeur dépend toujours de celui qui lui donne son prix, qui l’apprécie… Je crois plutôt, comme Pascal, à la différence fondamentale qui existe entre les hommes spirituels et les autres. Le recteur Tareq Oubrou est évidemment – son œuvre le prouve – une personne spirituelle, c’est-à-dire une personne qui cherche loyalement la vérité quoi qu’il en coûte. Pascal ne parlait pas des musulmans qu’il ne côtoyait pas, mais il parlait des juifs en disant : il y a une plus grande différence entre un chrétien spirituel et un chrétien non spirituel qu’entre un juif spirituel et un chrétien spirituel. Je crois que les auditeurs de notre débat ont ressenti cela d’une manière ou d’une autre. Vous savez, le verbe est la vraie lumière, qui éclaire tout homme venant dans le monde. Evidemment, chacun est libre de faire ce qu’il veut de cette lumière, mais tout le monde l’a reçue.

Vous avez rappelé à votre interlocuteur le passé radical de ses jeunes années, quand il appelait à la renaissance du califat ; un peu comme l’Action française militait pour le retour de nos rois capétiens. Il dit avoir évolué. Peut-on vous retourner la question, vous qui étiez dans la mouvance lefebvriste avant de finalement rallier Rome ?

Si c’est le fond de votre question, je ne crois pas que tous les intégrismes se vaillent… L’intégrisme coranique s’appuie sur les textes violents du Coran (en particulier ceux de la sourate 9).

L’intégrisme catholique (que l’on devrait appeler plutôt intégralisme quand il est non violent) ne peut pas s’appuyer sur une quelconque recommandation de violences envers les autres religions qui serait dans l’Évangile : il n’y en a pas. Le Christ, c’est vrai, nous prévient que la foi est clivante : « Je ne suis pas venu apporter la paix mais le glaive. » Il ne s’agit pas du tout de se servir du glaive pour faire des disciples, comme dans la sourate 9.

Quant à mon évolution : j’ai 50 ans. J’ai été ordonné prêtre à 26 ans. Depuis, oui, j’ai évolué. Comme tout homme normalement constitué. Mais je n’ai jamais été déçu de mes engagements.

Face au mariage pour tous, à la GPA, la PMA, la théorie du genre, une sorte de « front du sacré » est-il envisageable, voire souhaitable ?

Je ne crois pas à un front du sacré, car je ne crois pas à une unité du sacré. Il y a le sacré qui vient de la foi et de l’amour, celui qui s’impose, au-delà même du christianisme, à tous les hommes spirituels. Voyez ce que dit le musulman Al-Fârâbî de l’amour… Mais il y a le sacré qui vient de la violence ; il y a ce mystérieux halo de sacré qui entoure le sexe, nouveau totem ; il y a le sacré qui est lié aux observances ou aux interdits communautaires. Non, toutes les formes de sacré ne se valent pas. Un front ? Où est le front ? J’aurais tendance à invoquer les anges qui chantent dans la nuit de Noël : « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté… » Le front, il est le fait de tous ceux qui aiment le bien. Là-dessus, je suis d’accord avec le recteur Oubrou, le vrai problème, contre lequel il faut faire front, c’est le problème de ceux qui veulent faire du bien le produit d’une démonstration rationnelle et qui, ce faisant, oublient l’union intime de l’intelligence et de l’amour. Déjà mille ans avant Jésus, Dieu dit à Salomon : je te donnerai un cœur intelligent. Les rationalistes athées, eux, confondent l’intelligence et le calcul. Pour eux, la vie n’est qu’un matériau qui se gère. Ils oublient un paramètre : l’amour. Nous le paierons cher !

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Membre de l’Institut du Bon-Pasteur, directeur du Centre Saint-Paul et de la revue Objections

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