Audio - Editoriaux - Entretiens - Religion - Société - 4 août 2018

Guillaume Bernard : « Sur la peine de mort, le pape a-t-il mesuré tous les enjeux de cette position nouvelle ? »

Guillaume Bernard situe la prise de position du pape sur la peine de mort dans son cadre juridique, historique et théologique. Un éclairage stimulant. Il distingue le principe même de la peine de mort, dont l’abandon par le pape pose problème, de son application.

L’Église catholique semble vouloir en finir avec la peine de mort. Selon le pape François, la peine capitale serait jugée « inadmissible ». Première question : est-il surprenant, pour un pape, de se prononcer sur ce type de problématiques ?

Que le pape ait l’occasion de se prononcer sur la question de la défense de la vie et des sanctions pénales dans une société, cela fait partie de son rôle.
La question est plutôt de savoir s’il a bien mesuré tous les enjeux de cette prise de position nouvelle. Jusqu’à présent, l’Église catholique avait une position assez claire : il fallait être prudent quant à l’application de la peine. Il faut, évidemment, être prudent parce qu’il y a toujours un doute possible sur la culpabilité, prudent parce qu’il faut sans aucun doute permettre à la personne coupable de revenir sur ses fautes, d’atteindre la contrition et de se convertir. Pour autant, le principe de la peine était accepté.
La prise de position du pape est, ici, particulièrement significative et nous interroge. Il prend position contre le principe même de la peine de mort, ce qui n’avait jamais été fait jusqu’à présent.

En se faisant l’avocat du diable, on pourrait considérer que, sans la peine de mort, le Christ ne serait pas mort et n’aurait pas pu mourir pour sauver nos péchés.

C’est en effet une question axiale et fondamentale. Le Christ a choisi de subir une peine, alors qu’il était innocent, à la place de ceux qui étaient coupables, les Hommes. Bien entendu, il aurait pu sauver l’humanité par tout autre moyen. Il ne s’agit pas de dire que la toute-puissance divine était encadrée et susceptible d’être canalisée. Mais le fait que Dieu qui, me semble-t-il, possède la préséance des événements ait subi cette peine comme une rétribution des actes qu’avaient commis les Hommes est tout de même significatif.
Je rappelle, en outre, que la messe est tout de même le renouvellement du sacrifice du Christ. La messe est la réactualisation des Jeudi et Vendredi saints. On se retrouve donc vraiment devant une très grave difficulté. Je n’ose pas répondre à la question, mais je pense qu’il faut se la poser. Nier que la peine de mort puisse être envisageable, même si l’application est une autre question, ne revient-il pas à édulcorer, voire nier la puissance et l’efficacité du sacrifice que le Christ a subi sur la croix ?

Alors que l’Église brûlait des personnes pour hérésie, en cohérence avec son temps, est-il absurde de considérer que l’Église, ici, se met en accord avec un temps où il serait désormais absurde de devoir recourir à la peine de mort ?

Je crois que la question que vous posez ici est davantage celle de l’application de la peine. On peut, en effet, considérer – et c’est écrit dans le texte du pape – qu’il existe aujourd’hui des moyens de se passer de la peine de mort. Il s’agit bien là d’application.
Là où le texte du pape est particulièrement intransigeant et rompt avec l’enseignent de l’Église, c’est sur le principe de la peine. La peine en soi serait désormais considérée comme inadmissible de manière générale, générique et systématique. Il me semble que cette question est tout autre que celle de l’application dans certaines circonstances.
Qu’il ait pu y avoir un manque de prudence dans l’application de la peine aujourd’hui comme dans des temps passés, c’est tout à fait possible. En revanche, l’enjeu de la décision du pape et de la modification du texte du Cathéchisme de l’Église catholique est davantage centré sur le principe même de la peine. La peine devient inadmissible, alors qu’elle était considérée comme parfaitement acceptable, même s’il fallait être prudent dans son application. Et cette position était justifiée aussi bien par la philosophie juridique d’Aristote, la justice commutative, la rétribution des actes que par l’enseignement de l’Église.

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