Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - 7 novembre 2018

Guillaume Bernard : « Emmanuel Macron déçoit à droite car sa fiscalité est un matraquage des classes moyennes sédentaires. »

Guillaume Bernard analyse la chute de popularité d’Emmanuel Macron, notamment dans l’électorat de droite, et critique la stratégie des Républicains pour les européennes.

Sondage en berne pour Emmanuel Macron. Un sondage Fiducial-IFOP commandé par Sud Radio et Paris Match révèle que 24 % des électeurs des Républicains considèrent encore Emmanuel Macron comme un bon président. Emmanuel Macron est-il en train de perdre son aile droite ?

Il est certain que la popularité d’Emmanuel Macron est en baisse. Cela a commencé assez tôt, mais elle s’est effritée assez lentement. La victoire d’Emmanuel Macron a été plus une victoire par défaut. Une baisse de la participation des électeurs avait été enregistrée au second tour des présidentielles et il y a avait eu un record d’abstention au premier tour des élections législatives.
C’est en raison de ces circonstances, beaucoup plus que par adhésion, qu’Emmanuel Macron a gagné. Il n’est donc pas totalement étonnant qu’une certaine déception se généralise dans l’opinion publique, et en particulier chez ceux qui ont voté pour lui par défaut, c’est-à-dire principalement l’électorat de droite.
Ils prennent conscience que, dans le fond, le libéralisme culturel d’Emmanuel Macron ne l’a pas nécessairement conduit à favoriser les catégories sociales moyennes qui font le dynamisme d’un pays. La fiscalité d’Emmanuel Macron, c’est le matraquage des catégories sociales sédentaires, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas échapper à la fiscalité. Du fait de la taxe carburant ou de l’ISF qui a été maintenu sur l’immobilier, c’est-à-dire sur le patrimoine des familles, ces populations perdent confiance en lui. Il ne libère pas les énergies mais il favorise la rentabilité financière du capital. Mais il y a une véritable déception galopante de la part de l’opinion publique de droite, surtout parce qu’Emmanuel Macron n’a été élu que par défaut.

Si Emmanuel Macron ne convainc pas son aile droite, les Républicains soignent leur aile gauche et espèrent peut-être récupérer cet électorat déçu. La tête de liste probable aux européennes serait Jean Leonetti, un centriste à peu près sur le même créneau que Macron.

Je dois dire que j’ai une analyse sans doute différente des caciques de LR. Il me semble que ces enquêtes d’opinion et même les élections internes qui ont eu lieu avec l’élection de Laurent Wauquiez puis, il y a quelques semaines, à la tête des fédérations de LR, montrent que la base de droite, l’électorat de droite et les militants de LR sont incontestablement beaucoup plus droitistes que la direction.
Je crois que par l’affaiblissement d’Emmanuel Macron, ils s’imaginent qu’ils vont être capables de reconquérir de l’espace politique. Mais ils sont surtout susceptibles de décevoir leur électorat, qui est véritablement de droite. La droite d’en bas est plus à droite que la droite d’en haut. La droite des militants est beaucoup plus ferme dans ses valeurs que les caciques du parti. Je ne suis pas certain que cette stratégie soit bonne pour le résultat de LR. Ce qui est certain, c’est que cela pourrait sauver le Rassemblement national, qui est dans une mauvaise posture et dans une spirale descendante. Il reprend, aujourd’hui, des couleurs non pas par l’efficacité de son discours ou la clarté de sa ligne, mais essentiellement par la faiblesse et l’incohérence de ses concurrents.

Tous les sondages démontrent que les deux partis, La République en marche et La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, sont en baisse dans les sondages. On a l’impression que tout est en place pour des européennes résolument à droite…

Vous me tendez la perche. Je vais forcément citer le mouvement dextrogyre. Que ce soit en France ou dans nombre de pays dans le monde, il est véritablement à l’œuvre dans l’opinion publique. L’opinion publique est attachée à un certain nombre de valeurs classiques. En outre, les enjeux sociaux d’aujourd’hui sont des enjeux liés à la question de l’identité. Ce sont donc les partis politiques qui assumeront un discours sur ces questions-là qui en retireront les bénéfices. Mais, s’il ne faut pas négliger le bon score qu’un parti politique est capable de faire aux élections européennes, faut-il ensuite être capable de participer à un groupe parlementaire qui permet d’exprimer véritablement ses idées et d’avoir une véritable influence.

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