Editoriaux - Politique - Presse - 17 novembre 2015

Guerre contre le terrorisme : le poids des mots…

« La France est en guerre » : le constat est enfin identique chez presque tous les dirigeants politiques ; seule l’extrême gauche – Mélenchon et Laurent – refuse de prononcer le mot.

En guerre, certes, mais contre qui ? Là, les positions sont déjà moins tranchées. Dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14, le président de la République, fidèle à son habitude, reste évasif, parlant de « terroristes » : pas une seule fois les mots d’« islamistes » ou de « djihadistes » ne sont prononcés. Le vieux réflexe tant dénoncé dans ces colonnes et dans bien d’autres organes de presse, consistant à refuser de nommer l’ennemi au nom du « pasdamalgame », a la vie dure.

Dans sa déclaration du samedi, le ministre de l’Intérieur emboîte le pas : la France est « confrontée … à un acte de guerre terroriste… d’une barbarie sans précédent ». Il faudra attendre la sortie du Conseil de défense, samedi matin à 10 h 52, pour entendre enfin, de la bouche du Président : « C’est un acte de guerre… commis par une armée terroriste, Daech, une armée djihadiste, contre la France. » Ça y est : le mot est lâché. Confirmation par Daech à 11 h 51.

Dès le samedi, le Premier ministre se montre extrêmement clair : « Nous faisons face à un acte de guerre organisé méthodiquement par une armée terroriste djihadiste… Nous frapperons cet ennemi pour le détruire… et nous gagnerons cette guerre. Il faut expulser tous les imams radicalisés. Il faut déchoir de la nationalité ceux qui bafouent… l’âme française. » Au même instant, Marine Le Pen ne dit pas autre chose : « Le fondamentalisme islamiste doit être anéanti. La France doit interdire les organisations islamistes, fermer les mosquées radicales et expulser les étrangers qui prêchent la haine sur notre sol. » Identité de vues, identité de mots ; c’est troublant, après les violents anathèmes de l’un envers l’autre, il y a quelques jours seulement. Fillon est au diapason : « Il faut expulser les étrangers qui représentent une menace pour la sécurité nationale. » Prôner le djihad devient un délit : M. Cazeneuve doit se sentir un peu bête, lui qui disait le contraire, il y a 15 mois !

Écoutons encore le monde politique. Valls : « Nous frapperons cet ennemi [djihadiste] pour le détruire. » Sarkozy : « Notre peuple est déterminé à vaincre la barbarie djihadiste. La guerre… doit être totale. » Juppé : « Il faut écraser Daech. » Malgré Bayrou et ses pudeurs de centriste (« La guerre qui est déclarée – il ne dit pas contre qui – va être longue et rude »). L’extrême et rarissime unanimité de la classe politique réconforte. Et tant pis si Mélenchon, le hurleur embourgeoisé de la haine (« Je hais nos agresseurs ») se ridiculise en absolvant l’islam de crimes commis précisément au nom d’Allah : « L’islam n’a rien à voir avec ça. » Foutaise ! Tant pis également si Pierre Laurent balbutie la vieille antienne : « Nous devons refuser les amalgames et les stigmatisations. »

Ces deux-là mis à part, ceux qui nous gouvernent et ceux qui aspirent à le faire sont à l’unisson. Saluons et savourons. Il est à craindre que l’heure de la récupération sonne bientôt.

À lire aussi

À bas l’égalité !

On a déjà jeté « Fraternité » pour le remplacer pas « Solidarité », on peut pousser l’auda…