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Grogne des agriculteurs : n’importons pas les produits que nous nous interdisons !

Agriculteur
 

Depuis dimanche soir, les agriculteurs bloquent raffineries et dépôts de carburants dans toute la France. Mais ils sont prévenus. Le gouvernement « ne reviendra pas » sur l’autorisation d’importation d’huile de palme en provenance d’Asie.

L’élément déclencheur de ce mouvement de protestation provient de l’autorisation donnée par l’État à Total d’exploiter une bio-raffinerie à La Mède (Bouches-du-Rhône) qui fonctionnera en partie à l’huile de palme importée d’Asie, en remplacement de l’huile de colza produite en France. Cette huile d’importation est un produit miracle pour les industriels en raison de son faible coût et de sa facilité de transformation. Elle comporte, en revanche, de nombreux et graves inconvénients environnementaux.

Cette goutte d’huile de palme a donc fait déborder le vase de la patience des producteurs français et déclenché leur colère.

Ils ne supportent plus les incohérences de la politique agricole. Le gouvernement français promet en permanence de les aider, de promouvoir leurs produits, leur impose chaque jour de nouvelles normes et de nouvelles obligations sanitaires ou environnementales tout en ouvrant les frontières à des produits agricoles qui ne répondent pas à ces normes. C’est une distorsion de concurrence insupportable. Des accords de libre-échange sont en cours de négociation avec le Canada, le Mexique, l’Amérique du Sud, et la Commission européenne vient de mandater ses émissaires pour entamer des négociations avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Il faut, en effet, être clair et ne pas tenir un double discours. On ne peut pas être dans la mondialisation, vanter les mérites du libre-échangisme, ouvrir nos marchés agricoles à tous les vents, importer 110.000 tonnes de viande du Mexique ou du Mercosur sans savoir que cela posera quelques problèmes.

Or, la situation des agriculteurs aujourd’hui est loin d’être prospère. Et le président de la République nous explique que nous devons nous adapter, que nous devons changer de modèle. Mais on ne transforme pas un modèle agricole en claquant des doigts, a fortiori quand il est de qualité. Ce dont nous avons surtout besoin, c’est d’être protégés.

Les produits français sont les plus sûrs du monde, le savoir-faire de nos paysans est reconnu à travers le monde entier, la variété de nos terroirs est immense. Tous ces atouts nous procurent une autonomie considérable et, pourtant, nous importons en masse des produits agricoles concurrents. Or, ces produits importés comportent moins de garanties sanitaires que les nôtres, moins de qualités alimentaires que les nôtres, moins de protection environnementale que les nôtres.

Ils ont signé des traités de libre-échange avec le monde entier, sans l’avis des peuples, contre l’avis des peuples, et ont sacrifié l’agriculture de notre pays, ses producteurs et ses savoir-faire. « Tu m’achètes mes voitures et je t’achète ton bœuf aux hormones. » Ils ont réussi la prouesse de transformer la filière d’excellence qu’était notre agriculture en une réalité mortifère où, à une extrémité de la chaîne, les producteurs se suicident et, à l’autre extrémité, les consommateurs s’empoisonnent.

Cessons d’importer les produits que nous nous interdisons nous-mêmes !

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