Editoriaux - Théâtre - 23 juin 2015

Grenoble va-t-elle supplanter Marseille ?

Quand on parle tirs à la kalachnikov, on pense de suite à la cité phocéenne, mais celle-ci n’a plus l’exclusivité des méthodes mafieuses. Grenoble, la semaine dernière, a été le théâtre de nombreux incidents qui ont fait un mort et entraîné l’exaspération des habitants du quartier Saint-Bruno.

Tout a commencé par deux fusillades dans le centre-ville jeudi soir : la première éclate vers 18 h 30 aux abords d’une boucherie, près de la place Saint-Bruno, connue pour son trafic de drogue. Un jeune de 23 ans poursuivi à scooter se réfugie dans la boucherie, il n’en reçoit pas moins une balle dans chaque jambe. À 19 heures, des inconnus le déposent devant les urgences du CHU. Le blessé reste évasif sur l’identité de ses agresseurs. Un peu plus tard dans la soirée, vers 22 h 30, un groupe d’hommes armés de fusils à pompe, de pistolets automatiques et de fusils d’assaut de type kalachnikov, dixit Le Dauphiné libéré, fait irruption sur la place Saint-Bruno alors que celle-ci est très fréquentée. Ils tirent 15 à 20 coups de feu dans toutes les directions. Pour les enquêteurs, cette attaque évoque une action d’intimidation plus qu’une action pour tuer. Parmi un groupe de cinq hommes visé par les tireurs, un seul blessé atteint au mollet est à déplorer.

Samedi 20, peu avant minuit, un jeune de 19 ans est mortellement blessé au cou lors d’une fusillade, dans la banlieue grenobloise. Là aussi, malgré le monde présent sur la place, « pas de témoin direct de la scène », précise le procureur. Peu après les faits, un autre homme, âgé de 22 ans, se présente au CHU de la préfecture de l’Isère avec une blessure à l’oreille. Ses jours ne sont pas en danger. Selon les premiers éléments de l’enquête, une violente bagarre impliquant une dizaine de jeunes se serait déroulée plus tôt dans la soirée. Des riverains affirment également avoir entendu une détonation une ou deux heures avant le meurtre. Une nouvelle fois, peu de témoins et rien ne permet d’indiquer si ces événements sont liés.

Dimanche à 23 h 30, toujours à Grenoble, une Renault Clio stationnée dans la cité Teisseire est la cible de plusieurs coups de feu. Le véhicule, qui appartient à un habitant du quartier, a été pris en charge par la police pour expertiser les projectiles. Selon les premiers éléments de l’enquête, un homme circulant à scooter pourrait être l’auteur des tirs.

La municipalité, réagissant enfin à ces différents drames, a invité les Grenoblois à se réunir le dimanche après-midi en vue d’un « rassemblement pacifique et citoyen pour un espace public apaisé ». Bravo pour la novlangue façon « vivrensemble » et « padamalgame » ! Il faut dire que, dans cette ville, l’édile municipal est Éric Piolle, un Vert tirant vers le rouge foncé.

Hélas pour lui, il a dû faire face à la colère de 200 personnes qui ont fait part au maire et à « son adjointe à la tranquillité » (cela ne s’invente pas) de leur émotion et de leur ras-le-bol : « On a laissé faire. Regardez où on en est aujourd’hui… On les voit tous les jours faire leur trafic dans les rues, sous nos fenêtres et il ne se passe rien. » Réponse du maire : « Prévention, répression et travailler sur les causes. Il faut opérer sur ces trois dimensions, sinon cela ne servira à rien. » Terminant par un retentissant « Moi, je ne suis ni shérif, ni cow-boy ! » Rantanplan, peut-être ?

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