Tintin, éternel rebelle, retrouve des couleurs au pays des Soviets !

Collaborateur parlementaire belge
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Pour les amateurs d’Hergé et des cavalcades de Tintin, son décalque fictionnel, la sortie d’une version colorisée de Tintin au pays des Soviets ravive la nostalgie des périodes de jeunesse passées à parcourir les planches des albums du reporter à la houppe.

Le premier album de la série mettant en scène le héros éponyme est probablement, aussi, celui où l’engagement politique fut le plus marqué. Tout au long de son périple en URSS, Tintin, traqué par la Guépéou, dont il finit toujours par se défaire avec ruse, est confronté aux affres d’une dictature communiste aux mécanismes déjà parfaitement huilés et mortifères.

Le héros est ainsi le spectateur d’élections non démocratiques d’un soviet au cours desquelles des représentants envoyés par le parti finissent par pointer leurs armes en direction de citoyens qui n’ont d’autre choix que d’avaliser la ligne officielle : « Camarades, trois listes sont en présence. L’une est celle du Parti communiste. Que ceux qui s’opposent à cette liste lèvent les mains […] Personne ? Je proclame donc la liste communiste votée à l’unanimité. »

Tintin assiste également, impuissant, à l’exclusion de la queue de ravitaillement d’un jeune homme non affilié au parti.

Il dénonce aussi les mécanismes utilisés par le régime communiste pour tromper le monde libre sur la réelle productivité du pays.

L’album, dont les planches furent publiées dès 1929 dans Le Petit Vingtième, est un pamphlet anticommuniste d’une rare lucidité pour l’époque. Comme souvent lorsqu’une vérité difficile à entendre est dévoilée, son auteur se trouvera au centre de la polémique qui le prendra, pour ne plus jamais vraiment le lâcher, même après sa mort, dans ses rets.

C’est que Georges Rémi, de son vrai nom, est la victime idéale des bien-pensants d’hier comme d’aujourd’hui. L’homme est né et a grandi à Bruxelles dans la bourgeoisie catholique au sein de laquelle il rencontre le très conservateur abbé Wallez. Durant la guerre, Hergé se fourvoie en collaborant au Soir, qui se trouve alors aux mains de l’occupant. L’erreur de parcours ne lui sera jamais vraiment pardonnée.

Dans les années 2000, l’album Tintin au Congo, qui reflète les clichés circulant au sujet de l’homme noir et colonisé dans le monde de 1930, est déclaré raciste par la Commission britannique pour l’égalité des races et attaqué par des particuliers voulant le faire interdire.

Des habitants de Winnipeg, au Canada, ont quant à eux obtenu qu’une librairie retirât Tintin en Amérique de ses rayons pour le motif que l’album relayerait une vision stéréotypée des Indiens. Le comble de l’ironie, probablement, est que, dans l’album incriminé, Tintin prit la défense des peaux-rouges face aux Américains.

Au fil de ses chevauchées fantastiques, dans des contrées imaginaires comme dans des pays réels, Tintin, humanisé au fil des albums, aura été un héros indocile de son temps.

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