Des fresques sexuelles sur les murs de Bruxelles

Collaborateur parlementaire belge
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Versailles avait eu son « Vagin de la reine », création en acier de soixante mètres de long réalisée par Anish Kapoor. La sculpture turpide avait été dégradée à plusieurs reprises et Fleur Pellerin, éphémère ministre de la Culture, était intervenue pour témoigner de son « indignation de voir une œuvre d’art ainsi souillée ».
 
Paris et sa magnifique place Vendôme avaient eu leur plug anal – ou « sapin de Noël », ce qui, en art moderne, revient vraisemblablement au même -, réalisé par Paul McCarthy. Après s’être fait agresser, l’homme avait reçu le soutien du président de la République en personne. 
 
Bruxelles a désormais son pénis, représenté sur un mur jusque-là quelconque de Saint-Gilles, commune de la capitale belge. Dans le centre-ville, une autre fresque, nouvellement apparue, laisse voir une pénétration. En 2013, déjà, une femme en train de se masturber avait été peinte sur les briques de l’immeuble d’un quartier fréquenté de la capitale.
 
Mais ne criez pas votre indignation trop vite : à notre époque, on vous prendrait pour un rétrograde, une personne forcément collet monté, un être intolérant et incapable de s’amuser de ce type d’audace.

Et puis, c’est de l’art et c’est moderne !
 
Si les instances communales de Saint-Gilles, en attendant celles de Bruxelles, ont officiellement réagi pour dénoncer une œuvre « non autorisée », il s’est trouvé peu de responsables pour commenter le genre.
 
Le sexe a beau s’être toujours immiscé dans la culture, sa valeur de témoignage et sa part de subversion sont une question de contexte.
 
En peinture, L’Origine du monde de Gustave Courbet, représentant le bas-ventre d’une femme aux cuisses écartées, ou Olympia d’Édouard Manet, laissant voir une femme désinvolte dans sa nudité, ne prennent leur sens que dans les interdits d’une époque.
 
En littérature, du Banquet, dans lequel Platon relate les discussions entre différentes générations sur l’amour et le sexe à travers la divinisation d’Éros, à Germinal, dans lequel Émile Zola tente un parallélisme entre la pénétration, violente, des maris dans les vulves de leur femme et l’infiltration, épouvantable, des mineurs dans les galeries, les puits et les veines, le sexe s’est toujours intégré dans une description de la société. 
 
Le sexe n’a plus rien, aujourd’hui, de subversif. Il est la norme et ne choque que par convenance. Le sexe, en revanche, continue à révéler beaucoup de l’état notre société. Il accompagne la trivialisation d’un monde où l’intelligence collective a laissé place à la vulgarité.
 
En attendant, Bruxelles s’interroge de façon sérieuse sur l’identité de l’auteur (ou des auteurs) des fresques murales. Dans l’Empire byzantin en capilotade, on se posait déjà des questions sur le sexe des anges. Et si les phallus et les vagins, finalement, ont, de tout temps, été la marque de fabrique de la décadence ?

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