Christian Quesada, vrai héros d’une époque décadente

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C’est l’histoire d’un homme au physique normal qui ne prend pas de grands airs pour énoncer des lieux communs, ne remplit pas son slip de nouilles, ne révèle pas sa vie sentimentale et sexuelle et qui, donc, n’a rien du héros moderne de la télévision.

C’est l’histoire d’un homme qui, au contraire, enchaîne les bonnes réponses aux questions, plus ou moins difficiles, qui lui sont posées, reste humble dans la victoire – comme il sera probablement digne dans la défaite – et qui, parfois, se laisse aller à un pas de danse improvisé et maladroit pour célébrer ses victoires – 169 à ce jour – aux « Douze coups de midi ».

Christian Quesada est un héros ordinaire. À moins qu’il ne soit un anonyme extraordinaire. Lorsque les valeurs sombrent dans l’inversion, on ne sait plus très bien, en effet, ce qui ressort encore de l’héroïsme.

Toutefois, la défense des bastions assaillis que sont la culture générale et l’omniscience chère à Pic de la Mirandole relève probablement de l’acte de bravoure.

Samedi dernier, Christian a levé un coin du voile sur son parcours chez Thierry Ardisson, chantre de cette télévision vulgaire où, pour être célèbre, il vaut mieux pouvoir éclairer de ses lumières le débat « Est-ce que sucer, c’est tromper ? » que répondre correctement à des questions sur le panthéon gréco-romain, le cinéma de Robert Bresson ou le génie littéraire de Chateaubriand.

Malgré une culture générale encyclopédique, le professeur, sobriquet affectueux dont Jean-Luc Reichmann affuble son candidat, était au chômage au moment de commencer son épopée cathodique, s’est contenté d’acheter une série de T-shirts à 2,50 euros car il n’avait pas les moyens de paraître mieux habillé à l’antenne et a dû emprunter l’argent nécessaire pour se procurer le billet lui permettant de se rendre aux premiers enregistrements de l’émission. Avec humilité, il a rappelé qu’il n’y a « pas de honte à être pauvre ».

En réalité, la honte réside dans le sort que l’époque réserve à l’intelligence dans ses formes les plus pures (c’est-à-dire ni l’intelligence « sociale » ni l’« émotionnelle » que l’on aime glorifier pour faire oublier qu’elle n’est plus nulle part). Le parcours du candidat prouve que, dans notre monde marqué par l’arrogance des ignorants, le savoir est devenu superfétatoire et ne permet même plus nécessairement de trouver un emploi.

Pour Alain Finkielkraut, « l’appartenance à la classe cultivée n’est pas un privilège, c’est même désormais un handicap ». Selon Jean-François Revel, plus catégorique encore, « la connaissance est devenue inutile ».

Dans ce monde décadent qui a panthéonisé Nabilla, Karim Benzema, Cyril Hanouna et sa nouvelle protégée Capucine (qui ont probablement leur avis sur la question d’Ardisson, moins sur la littérature de Chateaubriand), les victoires de Christian Quesada sont autant d’éclaircies dans une grisaille qui ne se dissipera pas de sitôt.

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