Grande Mosquée de Paris : « Proclamation des droits des femmes dans l’islam en France »

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Pour les âmes vertueuses – rien que de « belles personnes » – qui écrivent dans Libé, Le Monde ou Les Inrocks, les femmes qui ont dénoncé dans une pétition le harcèlement dont elles sont victimes dans leur quartier (La Chapelle-Pajol) ne sont que de minables racistes imperméables à la misère des migrants.

Cette analyse confondante de bêtise et surtout de lâcheté est celle qui prévaut dans les rangs de la gauche friquée depuis des décennies. En bon français, cela s’appelle l’esprit de collaboration et si, d’aventure, les barbus prenaient un jour le pouvoir dans notre beau pays, gageons que ces crétins seraient les premiers à voiler leurs compagnes et se laisser pousser du poil au menton.

La Grande Mosquée de Paris, infiniment plus prudente dans ses jugements et craignant, à juste raison, qu’une telle cécité idéologique – car c’est bien de cela qu’il s’agit – n’en vienne à développer, effectivement, des actes racistes, a pris les devants. En mars dernier, le recteur Dalil Boubakeur, s’inquiétant de « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française, d’une interprétation erronée de l’islam reposant sur une lecture du texte sélective, partiale et au premier degré, qui conduit à l’obscurantisme, à la pédanterie ignorante, à la misogynie, au sectarisme et au refus des valeurs républicaines », publiait la Proclamation de l’islam en France. Un texte prônant une « contextualisation » de la pratique religieuse, et destiné à offrir « une base doctrinale conforme au droit applicable en France et compréhensible par tous »

L’institution vient, aujourd’hui, de produire un second document en dix points, intitulé « Proclamation des droits des femmes dans l’islam en France ».

Car, contrairement aux belles âmes évoquées plus haut, la Grande Mosquée de Paris est inquiète de « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane, d’une vision misogyne, rétrograde et réactionnaire de la place des femmes dans la société et dans le foyer ». Les auteurs de cette « charte » – une quinzaine de théologiens, communicants, musulmans ou non, parmi lesquels aucune femme, toutefois, n’est citée ! – dénoncent, en effet, ces comportements qui relèvent d’une « vision [qui] repose sur une lecture du texte sélective, partiale, et au premier degré, qui conduit à l’obscurantisme, à la pédanterie ignorante, au sectarisme, et au refus des valeurs républicaines ». Toutefois, disent ces sages, « les partisans de cette lecture égarée de l’islam sont marginaux en France, et les croyants qui y adhèrent sont minoritaires ». Mais, comme toujours, ce sont les plus militants…

Cette initiative est évidemment à double détente, car s’il s’agit bien de combattre l’obscurantisme qui monte et est prêché dans certaines mosquées, il s’agit aussi, dit le recteur Boubakeur, de combattre « des intellectuels, des essayistes, des médias, des partis politiques [qui], sous prétexte de parler d’islam, se servent en réalité d’un discours pseudo-culturel pour exprimer des préjugés racistes déjà très anciens sur la misogynie supposément généralisée des Maghrébins ».

L’initiative qui consiste à cette « clarification du dogme au regard des réalités d’aujourd’hui » est louable (voire courageuse ?) et mérite d’être saluée comme telle. Reste à savoir si cette « réinterprétation du texte dans le contexte, c’est-à-dire l’ijtihad », se traduira dans les faits. Personnellement, j’en doute sachant, une fois de plus, que les plus fanatiques sont les plus actifs et les plus persuasifs…

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