Grande Guerre : quand Le Parisien bobarde !

Gauchir : « Fig. : altérer, déformer, fausser. Gauchir un fait, une idée. Polit. : infléchir vers la gauche ; ex. : gauchir sa position, son discours. Contr. : dresser, redresser ».

À bien y regarder, tel est bien l’esprit du temps, résumé par ce seul verbe dans sa définition tirée du Dictionnaire Robert de la langue française (édition 2006). Ou comment tordre la réalité – à défaut de pouvoir la modifier – pour lui faire endosser le costume étriqué de l’idéologie cosmopolitaire qui n’en finit pas d’empuantir l’atmosphère morale et intellectuelle…

Un obscur gratte-papier « mainstream » du Parisien (8 novembre) emboucha fièrement les trompettes de la renommée surfaite de son canard pour claironner urbi et orbi que, durant la « Grande Guerre [il y avait] plus de Mohamed que de Martin parmi les morts pour la France ».

Un titre qui, parmi des centaines d’autres, est archétypique d’une pensée littéralement pliée à l’idéologie dominante. Un titre sophistiqué, fallacieux, trompeur, mensonger. Un lecteur un peu pressé, ne prenant pas le temps de s’y attarder, pourrait être naïvement porté à croire que, décidément, les extra-Européens furent davantage immolés que nos propres natifs sur les bûchers infernaux des tranchées d’une guerre qui ne les concernait pourtant pas directement !

Qui plus est, l’article n’apprend rien de follement passionnant, se contentant d’enfoncer les traditionnelles portes ouvertes journalistiques de la recension patronymique des monuments aux morts. Notre plumitif ne s’étonne « évidemment pas de trouver les prénoms classiques du début du XXe siècle : Jean, Pierre, Louis, Joseph et François [qui] forment les cinq prénoms les plus frappés » et qui, « à eux cinq, […] représentent 79.647 victimes, soit 8 % des soldats morts pour la France ».

Mais les choses se gâtent sérieusement lorsque notre généalogiste des bacs à sable, après « une rapide étude des prénoms », prétend ensuite « raconter l’histoire d’une façon inattendue » (sic). C’est ainsi, écrit-il, que « si l’on regroupe les variantes Mohamed, Mohammed, Ben Mohamed et Ben Mohammed, ce ne sont pas moins de 1.717 soldats qui sont tombés au combat pour la France. Largement suffisant pour intégrer la liste des 50 prénoms qui ont versé le plus lourd tribut au conflit. 1.204 d’entre eux étaient nés sur le territoire algérien, 467 au Maroc et 18 en Tunisie. » Et de conclure sentencieusement qu’« en se limitant aux soldats s’étant fait recenser avec le prénom Ben Mohamed, le décompte monte déjà à 667, soit davantage que les Martin (649) ou les Mathieu (572) ».

Affirmation aussi inepte que de mauvaise foi. Un peu comme si l’on disait qu’à l’époque de la guerre d’indépendance américaine, tandis que des supplétifs français étaient venus prêter main-forte aux insurgents, le prénom François, parce que légèrement plus surreprésenté que celui de James, suffisait à soutenir que les porteurs de celui-là avaient payé un plus lourd tribut que les porteurs de celui-ci !

Hannah Arendt considérait que l’idéologie était la logique d’une idée. Mais, à idées farfelues, logique du même tabac. Les médias – ainsi que l’incident de Donald Trump remettant à sa place un journaliste de CNN l’a récemment montré – sont les pourvoyeurs d’une « vue-du-monde » libertaire, diversitaire et mondialiste. Ce faisant, ils sont des militants politiques enrégimentant malhonnêtement la cause d’intérêt collectif du journalisme impartial d’information au service des intérêts particuliers de l’oligarchie. Albert Londres, reviens !

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