Le gouvernement osera-t-il s’attaquer au livret A ?

Professeur agrégé et écrivain
 

Selon le JDD, M. Philippe envisagerait de taxer le livret A, seul investissement accessible à tous dont les revenus ne sont pas imposés. Son taux calculé suivant une règle compliquée est censé protéger nos économies contre l’inflation. Il est de 0,75 % alors que les prix ont augmenté officiellement de 0,8 % sur un an (ce chiffre est-il juste, c’est un autre débat). Et, régulièrement, les experts proposent que le taux du livret soit plus bas que la hausse des prix, car les fonds des livrets servent à construire des logements sociaux et permettent de shunter les banques. Ne pas spolier les pauvres paraît inadmissible aux yeux des spécialistes qui pullulent dans les allées du pouvoir…

En soumettant à la CSG les intérêts, l’État récupérerait 300 millions, somme non négligeable en période de disette budgétaire, mais le gouvernement se rendrait coupable d’un vol immonde. D’autant plus que ce prélèvement pèserait surtout sur les classes modestes, les autres ayant à leur disposition des instruments financiers qui rapportent jusqu’à 5 % l’an après impôt (mais uniquement pour ceux que les banques choient). M. Macron veut privilégier les actions, seul placement valable à ses yeux, car prétendument plus utile à l’économie. Pour cela, il s’apprête à assommer fiscalement le favori des classes moyennes supérieures : l’immobilier. Il serait donc logique qu’il complète son offensive en restreignant les privilèges des livrets. Pourtant, les krachs fréquents et la gestion des banques qui, souvent, s’arrangent pour faire supporter leurs pertes aux petits porteurs et réservent les gains aux gros, font que, si vous n’avez que quelques milliers d’euros à placer, la Bourse est un investissement où vous êtes sûr de perdre beaucoup.

Néanmoins, j’ai du mal à croire que le gouvernement osera franchir le pas. S’il le faisait, les dégâts politiques seraient considérables. Alors que le nouveau pouvoir glisse vers l’impopularité, suite au report des promesses de campagne, il se retrouverait vite au niveau lamentable de M. Hollande, car il apparaîtrait cynique et sans moralité.

Et ces informations du JDD sont-elles seulement crédibles ? Nombre de faux bruits courent dans les médias. Plusieurs fois, surtout en période de vacances, un obscur journaliste a pondu un papier fantaisiste qui a été repris et amplifié par ses collègues. On l’a cru vrai, car tout le monde en a parlé, mais un responsable a fini par démentir, faisant retomber le soufflé.

C’est probablement ce qui est arrivé, tant cette nouvelle paraît surprenante et suicidaire. Mais il y a également une autre explication : un pouvoir teste parfois une mesure en organisant une fuite. Suivant l’indignation qu’elle provoque, il l’adopte, sinon il jure qu’il ne la prendra pas, mais il aura préparé les esprits. À force d’évoquer une mesure impopulaire, son rejet s’émousse et les Français finissent par l’accepter. Vu les démentis rapides de Bercy et de M. Castaner, nous sommes dans un de ces deux cas. Mais lequel ?

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