Goldorak a 40 ans : la mondialisation s’anime…

1978. La France est giscardienne. Elle ne s’ennuie pas plus qu’il y a dix ans, pour paraphraser un éditorial fameux du Monde, mais un peu quand même. Alors, les enfants regardent « Récré A2 », l’émission présentée par Dorothée. Et se passionnent pour un nouveau héros : Goldorak. C’est un dessin animé japonais, le premier à se faire un nom. D’autres viendront.

Au cinéma, le premier n’a rien d’inédit. Du Metropolis, de Fritz Lang, au Planète interdite, de Fred McLeod Wilcox, sans oublier tous les autres, pas forcément toujours convaincants, les boîtes de conserve en mouvement font partie inhérente du septième art. Ce qui fait la différence avec Goldorak ? Sa dimension mondialisée. Bien sûr, un Superman et autres héros costumés avaient, eux aussi, vocation à dépasser les frontières. Mais ces personnages, il faut à l’époque acheter le défunt mensuel Strange pour en suivre les aventures. Autant dire que la chose est réservée à une élite de cancres. Alors que, là, Goldorak s’invite dans tous les salons de France.

Si les héros de la Marvel (Spiderman et X-Men) ou de DC Comics (Batman et Superman) ne dissimulent pas leurs origines états-uniennes, c’est Captain America qu’on lit et non point Colonel Togo ou Bénin – ce qui aurait encore moins d’importance –, autant Goldorak n’a rien de spécifiquement japonais. C’est la planète qu’il sauve et non pas le seul empire du Soleil levant.

Goldorak est né hors-sol. Il est de partout, donc de nulle part, au contraire de Godzilla, le dinosaure radioactif nippon, véritable idole insulaire et concentré de culture locale, puisque né du traumatisme nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki. On remarquera, ainsi, que les traits des héros humains de Goldorak et autres dessins animés, tels Albator et toute la smala, n’ont d’ailleurs rien d’asiatique, allant parfois jusqu’à se faire plus européens que les Européens, faisant même un peu comme si l’immigration n’avait jamais existé. C’est toujours plus pratique, pour l’exportation.

Les critiques fusent alors de toutes parts. Ne peut-on offrir autre chose à nos enfants ? Il est à croire que non. Saturnin le canard et Pépin la bulle ne font manifestement plus recette. Et puis, argument massue : Goldorak, ce n’est pas cher. Même pour la télévision d’État, c’est un argument de poids. Il faudra attendre Jack Lang – rendons-lui au moins ce mérite – pour s’alarmer du tsunami audiovisuel venu de l’Est ; alors qu’à l’Ouest, Hollywood nous submerge déjà.

D’autres critiques évoquent la laideur de la chose, ce qui n’est pas totalement exagéré. Sa dimension mercantile, également : Goldorak n’est pas qu’un feuilleton, sachant que ce personnage, créé par le Japonais Gō Nagai, n’est jamais rien d’autre qu’une commande de Bandai, l’un des géants mondiaux du jouet.

D’autres encore, sociologues manifestement en manque de concepts, y voient une parabole antinazie, alors que d’autres de leurs confrères y décèlent une récurrence des valeurs guerrières traditionnelles qui feraient du bidule en question une autre parabole, crypto-nazie, celle-là.

Sans vouloir manger le pain des savants, il n’est donc pas incongru de voir en Goldorak, tel qu’écrit ci-avant, l’une des premières icônes mondialisées, incarnation du moment charnière où l’industrie du spectacle est devenue industrie tout court. Et sans dérober celui de nos confrères critiques de cinéma, on se permettra d’ajouter que Goldorak, c’est surtout très con. Et que quarante ans après, c’est encore plus voyant qu’alors.

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