« Mur des cons » ou « mur de la honte » ?

Avocat et essayiste.

Président de Avocats sans frontières.

 

Vous avez porté plainte, au nom de Robert Ménard, contre le Syndicat de la magistrature dans l’affaire du « mur des cons ». Sur quel fondement l’avez-vous fait ?

Il s’agit d’une injure non publique. C’est une infraction commise par le Syndicat et sa présidente, Françoise Martres. Nous avons donc demandé au procureur de la République de s’en saisir : c’est une plainte pénale.

La présidente du Syndicat de la magistrature estime que les faits remontent à fort longtemps (avant sa propre présidence) et qu’ils sont prescrits…

Son mur est pourtant très évolutif. Je veux bien croire que, pour certaines personnes, les photos avaient été collées sous l’empire de son prédécesseur, mais s’agissant notamment de mes amis de l’Institut pour la Justice, cela fait à peu près un an qu’ils se sont rendus célèbres. Cela m’étonnerait donc beaucoup que leurs photos remontent à Mathusalem… Quant à Robert Ménard, personne ne sait aujourd’hui à quel moment sa photo a été mise sur le « mur de la honte »… La présidente du Syndicat de la magistrature, de par sa réponse, fait du juridisme et montre encore une fois un très grand courage. Cela ne m’étonne pas beaucoup.

Certains prétendent qu’au regard du caractère « privé » de l’injure, les plaintes qui seront déposées vont faire « pschitt » et que le Syndicat de la magistrature pourrait n’être condamné qu’à une amende ridicule…

Personne ne prétend ou ne veut que la présidente du Syndicat de la magistrature soit traînée en robe de chambre dans les rues de Paris ! On se doute bien qu’une condamnation dans ce cas précis ne pourrait qu’être hautement symbolique ! Personne ne veut la mettre en prison. Mais la dénonciation par Robert Ménard et les quelques autres mis en cause vise à cesser de voir impunie cette manière qu’a le Syndicat de la magistrature de professer des leçons de morale et de s’indigner dès l’instant où, par exemple, un juge est mis en cause. C’est assez piquant de voir ces gens-là s’effaroucher de ce qu’on puisse leur demander des comptes dans le domaine privé alors que ce sont les premiers à se réjouir lorsque certains de leurs amis de la presse procèdent à des enregistrements sauvages…

Lorsque Patrick Devedjian, dans le cadre d’une conversation privée sur le tarmac d’un aéroport, avait dit ce qu’il pensait d’une personnalité politique, les mêmes en ont fait des gorges chaudes ! C’est assez drôle ! Ceux qui taxent Brice Hortefeux d’être l’homme de Vichy sont les mêmes qui se sont indignés lorsque Hortefeux s’était livré à une plaisanterie, laquelle était également faite à titre privé… Nos « amis » magistrats sont dans l’imposture la plus totale, puisqu’elle émane de gens qui s’arrogent ce pouvoir extraordinaire de juger leur prochain. Ils sont les premiers à s’indigner alors même que ce qu’ils font est souvent bien plus grave que ce qu’ils dénoncent…

Ils sont dans un sentiment total d’impunité. Ce qu’on a découvert n’est somme toute pas très étonnant venant de magistrats idéologues… La nouveauté de cette affaire est que, enfin, on peut le dénoncer ! Par ailleurs, j’ai observé que Françoise Martres avait été interviewée dans les locaux de son Syndicat, à l’occasion des propos d’Henri Guaino sur le juge Gentil. Des dizaines de journalistes sont donc venus et ont vu le « mur des cons » sans s’en émouvoir…

Que voulez-vous dire ? Vous pensez qu’il y a connivence ?

L’idéologie que je pointe du doigt dans une partie de la presse est la même que celle que je pointe du doigt au Syndicat de la magistrature… D’ailleurs, cette presse-là est pour l’heure assez discrète en ce qui concerne le « mur des cons »… La grande différence est que, maintenant, les cons ne se laissent plus faire ! Le Club des cons s’est décidé à réagir et je suis heureux de défendre l’un de ses membres !

Robert Ménard, justement, a estimé qu’il pourrait être en droit de récuser un juge, demain, s’il était amené à comparaître devant un magistrat membre du Syndicat…

Cela me paraît très naturel. Le Syndicat de la magistrature s’est totalement déconsidéré. Un justiciable est en droit de ne pas avoir à douter de son juge. Je ne dis pas que l’ensemble des magistrats membres de ce syndicat n’est pas capable, par éclipse, de faire preuve d’honnêteté intellectuelle. Mais la justice doit être rendue dans la sérénité et la confiance. Et le juge doit donner cette apparence de sérénité. Or, là, il est normal que le justiciable doute : cela s’appelle la suspicion légitime…

Que pensez-vous de la réaction de la ministre de la Justice ? Elle saisit le Conseil supérieur de la Magistrature, mais celui-ci est composé aussi de membres du Syndicat de la magistrature… Un cercle vicieux ?

Bien entendu. Elle ne pouvait pas faire autrement. Il y a quelque temps encore, le Syndicat de la magistrature était très influent, mais pas au pouvoir. Aujourd’hui, madame Taubira a fait venir au sein de son ministère un grand nombre de ses membres. Lorsqu’elle s’exprime, c’est le Syndicat de la magistrature qui s’exprime. Lorsqu’elle considère qu’il n’est pas nécessaire d’enfermer les délinquants, c’est sa ligne idéologique toute crachée. Nous nageons en pleine duplicité…

Faut-il aller, comme certains l’ont fait, jusqu’à demander la dissolution du Syndicat de la magistrature, ou des syndicats de magistrats de manière générale ?

Je ne sais pas ce que signifie un syndicat de fonctionnaires. Y a-t-il des syndicats dans l’armée ? Si syndicat il y a, encore doit-il faire preuve d’un minimum de morale ! Une telle proposition, telle que l’a énoncée l’Institut pour la Justice, ne me choque pas mais elle est peut-être encore frappée du sceau de l’angélisme… En réalité, ce qui compte, c’est de combattre leur idéologie. Car elle est la cause de drames. Sur le mur des cons, on voit le portrait de deux parents de victimes. L’un est le père d’une victime de Guy Georges. À l’époque de ses crimes, le Syndicat de la magistrature était opposé à la création d’un fichier des délinquants sexuels, supposé être « contraire aux libertés ». Or, si l’idéologie du Syndicat de la magistrature n’avait pas été appliquée, si ce fichier avait vu le jour, Guy Georges aurait été arrêté plus rapidement, on aurait pu éviter certaines victimes. Alors qui sont les sales cons dans l’histoire ? Je pose la question…

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