Manuel Valls giflé

La gifle 2 : « Souffletons, souffletons les pompeux cornichons ! »

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Ainsi, Manuel Valls va porter plainte contre le jeune homme inconséquent qui, mardi, à Lamballe, lui a tapoté le visage du bout des doigts avant d’être plaqué au sol par son gorille. 
C’est assez minable, tout comme est minable ce geste sans ampleur.

Car une gifle s’administre de face, avec panache. Ou bien, si l’on balance un revers, c’est d’un air hautain. On peut aussi opter pour la mandale virile… Ou mieux encore : on fesse avant de rouler dans le goudron et les plumes, façon Dalton. Pour ma part, je l’avoue, ma préférence va à l’entartage, cette véritable cérémonie à laquelle s’adonnent Le Gloupier et ses troupes tandis qu’ils claironnent « Entartons, entartons les pompeux cornichons ! » Avouez, ça a une autre gueule. Je vais, d’ailleurs, vous faire une confidence : quand la lassitude et le découragement m’étreignent, je me repasse le dernier entartage de BHL. Essayez, c’est souverain.

Bon, trêve de plaisanteries. Ce petit événement est tout sauf anodin. De même l’intervention d’un auditeur de la « Matinale », ce mercredi matin sur France Inter. Il commence comme un vieux pote de gauche : « Bonjour Manuel, salut Manu ! » avant d’enchaîner : « Je ne sais pas si tu trouves ça normal ou non, mais la claque, c’était trop bon, on est 66 millions à vouloir te la mettre… Il était juste parfait, le bonhomme. »

Réponse calme de l’ancien Premier ministre : « Quand, sur une antenne, on fait profession de violence, ça veut dire qu’il y a quelque chose qui bascule. Je suis celui qu’on vise car je suis celui qui peut gagner, je ne me laisserai pas impressionner. » Et de justifier ainsi sa plainte : « Car une société a besoin de règles, d’interdits. » Quant à son agresseur, c’est « sans doute un militant identitaire de l’extrême droite bretonne ». À moins, bien sûr, que ce ne soit un autonomiste d’extrême gauche…

Félicitons donc Manuel Valls pour avoir su conserver son calme ; en revanche, mauvaise réponse et surtout très mauvaise analyse.

Primo, on ne voit pas, dans l’état de déconsidération actuel du PS, comment Manuel Valls pourrait « gagner ». Et gagner quoi, d’ailleurs : les présidentielles ? Aucune chance. Les primaires ? Il est devancé par Benoît Hamon, Hollande lui préfère Michel Drucker et les autres en pincent pour Emmanuel Macron. Si, donc, Manuel Valls peut gêner, c’est uniquement dans sa propre famille politique.

Secundo, s’il est vrai qu’une société a besoin d’interdits, il devrait se demander ce qui les a fait tomber. Se demander, par exemple, comment il se fait que le gouvernement qu’il représente soit à ce point méprisé que tout respect des hommes et de leurs fonctions présentes et passées ait à ce point disparu.

C’est que le Président normal, qui congédie sa maîtresse comme une caissière chez Auchan et s’en va à scooter tirer son coup rue du Cirque, a ouvert les vannes pour les comportements « normaux », c’est-à-dire les plus triviaux. De Président à citoyen, on se tutoie, on se rudoie, on s’invective et, désormais, on se « trumpise » par éjaculations de tweets injurieux.

Les politiques pratiquent en continu le mélange des genres, jouent les pipoles chez Ruquier ou Ardisson, se glamourisent dans Match, font la retape dans Les Inrocks, bref, sont chaque jour les vedettes d’une télé-réalité de plus en plus dégradante et dégradée.

Il fallait « participer », grand mot de 68 qui allait tout chambouler de la chambre à coucher à la salle de classe. Dans la même veine, on vit aujourd’hui le grand mythe de la « démocratie participative », celle qui laisse croire aux esprits simples non seulement que tout et tous se valent, mais qu’ils ont le pouvoir de peser sur les décisions qui les concernent. La bonne blague !
Et puis un jour ils ouvrent les yeux sur ce monde de mensonges et de frustrations. Alors au mieux ils balancent une paire de claques, au pire…

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