Gérard Collomb veut pouvoir muter et radier un fonctionnaire radicalisé

Consultant en sécurité
 

Un policier de 25 ans, soupçonné d’avoir volé cinq gilets pare-balles sur une période d’un an au commissariat de Nantes, a été mis en examen et écroué au début du mois de septembre. Un deuxième homme de 28 ans, sans lien avec le commissariat, a quant à lui été écroué pour recel de vol. Cet événement n’est évidemment pas anodin et on comprend pourquoi le ministre de l’Intérieur a déclaré, dans le journal Le Parisien, vouloir renforcer le projet de loi antiterroriste, en permettant d’écarter les fonctionnaires ou militaires « les plus engagés dans la sécurité » s’il pèse sur eux des soupçons de dérive radicale. Rien à redire sur le principe, mais ce qui est inquiétant, s’il faut en passer par la loi, c’est que le dispositif actuel n’est pas satisfaisant alors que le phénomène s’aggrave.

Les policiers, les gendarmes et les militaires font déjà l’objet d’un « criblage » — un passage dans tous fichiers — au moment de l’enquête administrative préalable à leur embauche. La loi devrait consacrer la possibilité de procéder aussi à des contrôles tout au long de leur carrière en cas de suspicion de radicalisation, notamment en consultant le FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste). « Il faut pouvoir muter et radier un fonctionnaire radicalisé lorsqu’il exerce des missions de souveraineté ou un métier en lien avec la sécurité », nous dit le ministre. La mesure concernera aussi les douaniers et le personnel pénitentiaire aujourd’hui aussi au front. La réalité et la pratique sont plus complexes qu’il n’y paraît et la tâche sera ardue et incertaine.

En effet, tout d’abord, les fonctionnaires et militaires sont protégés par leur statut et on ne peut pas s’en débarrasser sans un dossier très étayé. Ensuite, depuis la fin des années 1990, plusieurs dispositifs ont été mis en place dont l’objectif a été la réinsertion ou la simple insertion sociale des jeunes appartenant, entre autres, aux « minorités visibles » notamment d’origine maghrébine et africaine. La police, la gendarmerie et les armées se sont ouvertes plus largement à ce recrutement, particulièrement aux échelons de base. Sans vouloir stigmatiser cette population, point n’est besoin de sortir de l’ENA pour concevoir qu’elle est davantage à risque.

Il serait, dès lors, sans doute souhaitable de sérier davantage le recrutement initial par des tests psychotechniques révisés, de pousser davantage les enquêtes de moralité auprès de la famille, d’anciens employeurs, dans les communes de résidence, et de réaliser aussi une enquête sur la famille proche. Tout ceci demande du temps et des moyens.

Nous avons ensuite manifestement un problème avec la grille de détection de la radicalité et de la dangerosité qu’il faudrait reconsidérer, comme l’ont montré les multiples attentats terroristes ou tentatives de ces dernières années. Tantôt les individus étaient fichés S ou connus des services de renseignement ou des services judiciaires mais pas ou mal surveillés, tantôt ils étaient complètement inconnus, alors que radicalisés et fréquentant des « réseaux » à risque – ce qui est encore pire.

Là aussi, cela demande des moyens humains sans doute sous-dimensionnés actuellement.

La consultation du FSPRT ne sera pas, non plus, la panacée, car si l’on y recherchera des traces de radicalité auprès de relations, d’amis ou de la famille d’un suspect, il faudra compter sur la stratégie de la taqîya, qui ne manquera pas d’être érigée par l’État islamique et ses affidés. Cette pratique coranique consiste à dissimuler ou à nier sa foi afin de ne pas se faire repérer. Nous le voyons, les mailles du filet ne sont pas très serrées et nous devons absolument progresser dans ce domaine.

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