Editoriaux - Politique - 27 juillet 2018

Gérard Collomb prend une décision : accrochez-vous !

Depuis 1790, plus de deux cents personnages ont tenu le portefeuille du ministère de l’Intérieur. Vingt-huit sous la Ve République, dont certains occupèrent le poste à plusieurs reprises : Pierre Joxe, Jean-Pierre Chevènement, Charles Pasqua, Nicolas Sarkozy. Une poignée est entrée définitivement dans l’Histoire : Fouché, sous Napoléon ; Thiers, sous Louis-Philippe ; Clemenceau sous la IIIe République. Pas vraiment des rigolos, ces trois-là. D’autres ont disparu dans les oubliettes du temps : le plus grand nombre.

Quelques-uns sont plus connus pour leur « œuvre » avant ou après avoir occupé le ministère : Mitterrand, bien entendu, ministre de l’Intérieur de juin 1954 à février 1955, le temps de monter à la tribune de l’Assemblée pour déclarer : « L’Algérie, c’est la France… » Mais on pourrait évoquer aussi le fameux Ernest Pinard (1822-1909), ministre sous Napoléon III de 1867 à 1868. Il participa à la rédaction d’une loi sur la liberté de la presse qui abolissait la peine de prison et la remplaçait par une suppression des droits électoraux et une peine d’amende. Un progrès, pour l’époque ! L’argument infaillible dudit Pinard : « La détention sert de piédestal au journaliste. » À méditer… Mais ce grand démocrate était plus connu pour avoir été le procureur qui poursuivit Baudelaire et Flaubert !

Plus de deux cents personnages, disions-nous, jusqu’à Gérard Collomb qui, par la décision annoncée ce vendredi, va incontestablement se hisser au niveau des plus grands. Une mesure qui révèle à l’évidence l’esprit de décision de l’ancien maire de Lyon, véritable épée de la sécurité intérieure, puisque prise à la lumière de l’affaire Benalla. On a détecté des « dysfonctionnements » ? Avec force enquêtes administratives et commissions parlementaires – dont celle de l’Assemblée, qui restera dans les annales – au cours desquelles on a auditionné la crème de l’administration policière de la place de Paris. Eh bien, contrairement à ce que disait méchamment Clemenceau, cette fois-ci, on n’a pas créé une commission pour enterrer le problème. Non, car dans la nouvelle gouvernance macronienne, on « agit sur le concret ». Vite. Bien, je ne sais pas, mais vite, pour sûr. Pas en un an, non, en une semaine. Là, on est bluffé. Clemenceau créa, en 1907, les brigades régionales de police mobile – les légendaire Brigades du Tigre, ancêtres de la police judiciaire. Plus d’un siècle après, on en parle encore. On en a même fait une série célèbre à la télé sous l’ère giscardo-mitterandienne et un film. Eh bien, Gérard Collomb, incontestablement, par la mesure qu’il vient de prendre, tirant à la vitesse d’un aigle fondant sur sa proie les enseignements des fameux « dysfonctionnements » de l’affaire Benalla, entre subito dans le Panthéon de la place Beauvau. N’ayons pas peur des mots : Gérard Collomb, c’est la réincarnation de Clemenceau.

Au fait, quelle est cette décision historique ? Accrochez-vous.

Désormais, les observateurs immergés dans les services de police et de gendarmerie devront porter un signe distinctif. Gérard Collomb, ministre d’État, ministre de l’Intérieur du gouvernement de la République française, l’a annoncé vendredi après-midi devant la commission parlementaire transformée en vaisseau fantôme. On est scotché. Personne n’y avait jamais pensé. C’est là qu’on voit que l’élection de Macron aura eu du bon. Néanmoins, il faudra sans doute créer une commission pour décider la forme de ce signe distinctif : un brassard, un dossard, un badge, un casque de couleur ? Quelle couleur ? Tout ça n’est pas très simple. L’affaire remontera peut-être jusqu’à l’Élysée, même si ce n’est pas une affaire d’État. L’entonnoir de Michel Debré, tombé en désuétude, pourrait être repris avantageusement par Gérard Collomb.

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