Primaires à gauche : aux calendes grecques ?

Colonel à la retraite
 

À Constantinople, lorsqu’on voulait se débarrasser d’un empereur devenu encombrant, on faisait une petite révolution de palais, on crevait les yeux du déchu, on le promenait ensuite à travers la ville, couvert de haillons, juché à l’envers sur un âne avant de l’envoyer croupir au fond d’une geôle, dans le meilleur des cas. Parfois, on allait jusqu’à couper aux fils de l’empereur déchu les moyens indispensables au principe de monarchie héréditaire. La barbarie ayant quitté les palais pour prendre ailleurs ses quartiers, et nos mœurs s’étant heureusement adoucies, François Hollande ne semble pas avoir à craindre grand-chose pour sa personne en 2017. Pas de couic. Quoique…

En effet, une enquête d’OpinionWay commandée par Le Figaro révélait samedi que 64 % des Français souhaitent une primaire à gauche. Chez les sympathisants de gauche, ce chiffre passe carrément à 75 %. Une véritable exécution en place publique, aussi cruelle et humiliante qu’une balade assis sur un pauvre baudet à travers la ville. Une exécution d’autant plus cruelle et humiliante que la question est sans ambiguïté : « Si François Hollande se représente en 2017, souhaitez-vous que le Parti socialiste organise quand même des primaires pour désigner son candidat à la présidentielle ? » Contrairement à ce qu’affirment les Cambadélis et autres Le Roux, impeccables au service de Sa Majesté, jamais la légitimité de François Hollande n’a donc été aussi contestable et contestée, a fortiori dans son camp, car évidemment, on ne réclame pas une primaire lorsque l’on tient son leader naturel, son champion, son héros. Même si la culture du chef est moins vivace à gauche qu’à droite. Même si cette primaire semble être devenue un « droit acquis » : on a le pain, on veut aussi les jeux !

Est-ce à dire que cette humiliation vaut condamnation à mort pour François Hollande ? En première approche, on pourrait le croire.

Pierre Laurent, secrétaire général du PCF, n’a-t-il pas déclaré que François Hollande est désormais « disqualifié pour porter les couleurs de la gauche » en 2017 ?

Mais c’est compter sans la capacité de résilience de François Hollande et sa baraka hors norme. Souvenons-nous qu’en 2011, il était crédité de 3 % d’intentions de vote dans son camp. Et puis, il n’est pas certain que ces primaires à gauche aient jamais lieu. Le PS tenait samedi son Conseil national. Selon une information révélée en milieu d’après-midi par France Info, les candidats et leurs partis devront s’engager à soutenir le gagnant de la primaire. Les propos de Pierre Laurent ne vont pas dans ce sens, c’est le moins que l’on puisse dire. Et comme il n’est pas imaginable que le PS présente un autre candidat que François Hollande, dixit le byzantin Cambadélis – « Je suis pour François Hollande et pour une primaire » -, la messe est dite. Ainsi donc, si le processus des primaires échoue, ce sera la faute des autres, pas de François Hollande et du PS. On connaît la chanson : c’est le même air que l’on nous a joué pour la déchéance de nationalité. Malgré l’approbation à l’unanimité du principe d’une primaire en décembre par le Conseil national du PS, on peut imaginer que ce scrutin sera renvoyé aux calendes grecques !

L’exécution de François Hollande n’en sera donc que plus majestueuse et grandiose. Elle sera la haute œuvre du peuple souverain et non pas celle du seul peuple de gauche. Quelques instants de répit pour monsieur le bourreau…

AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

SOUVENIRS

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