Les petits blonds n’ont qu’à bien se tenir…

Colonel à la retraite
 

Il y a des lubies, des manies, des phobies aussi qui sont plus fortes que nous. Il y a ceux qui voient des nains partout ; ceux qui pensent que les brunes comptent pour des prunes ou ceux, encore, qui préfèrent carrément les blondes. Des goûts et des couleurs, comme on dit au pays des idées reçues et des lieux communs.

Dans le Doubs – abstiens-toi, ont dit les citoyens à 65 %, las sans doute de l’outrance verbale autour d’un scrutin si crucial, pourtant -, il semble que cela soit les petits blonds qui sont l’objet d’une nouvelle phobie. Pas les grands blonds avec une chaussure noire. Non, les petits blonds. On ne précise pas si ces petits blonds portent une mèche et des culottes de peau comme outre-Rhin jadis, mais en tout cas, ils sont teigneux, ces petits blonds en cette terre séquane. Je dis « teigneux » pour garder à Boulevard Voltaire la tenue qui lui sied, préférant marcher sur le trottoir que de patauger dans le caniveau comme semble le faire avec délice l’auteur des propos qui suivent :

Moi, j’vous l’dis, c’est les petits blonds qui m’emmerdent et pas ceux qui viennent de l’immigration.

Ces propos ont été ceux du candidat UMP à la législative du Doubs (VIDEO). La campagne électorale a été l’occasion d’un grand défilé de politiques à la mode, très inédit en cette région habituellement moins fréquentée par ce qui compte d’élégants, le dernier ayant préféré les douceurs de la vie qu’ont les Bruxellois. Le grand renfort de médias pour couvrir cet événement est sans doute pour quelque chose dans le léger dérapage de cet édile d’une petite commune. L’émotion, la pression, sans doute. Rien à voir avec des pensées nauséeuses, évidemment.

Imaginons un instant le symétrique politique du de cujus – c’est-à-dire issu du parti de la grande dame blonde – affirmant au cours d’une réunion publique au café des chasseurs du coin : « Moi, j’vous l’dis, c’est les grands crépus qui m’emmerdent et pas ceux qui vivent ici depuis des générations ». Imaginons un instant, un tout petit instant. Et là, c’était l’extase. Un esprit du 11 janvier puissance 10 qui permettait de planer au-dessus des sondages jusqu’en 2017 et de faire oublier la réalité au bon peuple. La manifestation de Carpentras ramenée au rang de fête cantonale de la truffe. Nous aurions eu droit à une nouvelle manifestation grandiose, républicaine forcément, où ne pas être condamnerait au néant mondain pour l’éternité. Un président entrant de son vivant au Panthéon (pour son plus grand bonheur et le nôtre aussi). Oui, on est vraiment passé à côté de quelque chose. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Mais redescendons sur terre.

Je me suis amusé, si j’ose dire, à regarder la composition du conseil municipal que ce nouveau Lévi-Strauss préside. C’est curieux, mais il semblerait qu’il y ait plus de personnes – comment dire – appartenant à la catégorie dont sont issus les fameux emmerdeurs qu’à l’autre. On y découvre des noms qui fleurent leur vieille France, mieux, leur caractère « autochtone », pour reprendre les mots exacts de notre ethnologue-maire-candidat.

En tout cas, à l’heure où j’écris, les parents des petits blonds mais sans doute aussi ceux des grands bruns, des moyens châtains et même des rouquins, n’ont pas vraiment été convaincus par les arguments de comptoir du candidat de l’UMP, largement battu.

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