Editoriaux - Histoire - 20 septembre 2018

Georges Boudarel et Maurice Audin, deux figures d’une collaboration oubliée

Emmanuel Macron s’est récemment excusé pour la mort, en 1957, de Maurice Audin, victime « du système institué alors en Algérie par la France ».

Cette stupéfiante repentance, oublieuse du réel, n’est pas sans rappeler le refus, par les tribunaux, de juger, autrefois, le tortionnaire, Georges Boudarel. Ce dernier, universitaire communiste, tout comme Maurice Audin, avait fait le choix de servir les intérêts de l’ennemi soviétique, lors d’une décolonisation qui ne peut être comprise que replacée dans le contexte de la guerre froide.

Alors que, dans les années 50, le choix était entre totalitarisme et démocratie, la guerre d’Indochine fut menée dans le cadre de la politique d’endiguement du communisme qu’avaient conçue les Américains. Le cas de l’Algérie fut plus complexe, URSS et États-Unis poussant tous deux à une décolonisation qui servait leurs intérêts. Dans ce contexte de guerre froide, l’ennemi de la France était l’Union soviétique que Georges Boudarel et Maurice Audin, qui n’ignoraient pas les crimes contre l’humanité commis en URSS, avaient quand même choisi de servir par leur engagement dans les rangs du PCF, qui ne fut jamais rien d’autre que l’instrument du Kremlin.

En 1940, déjà, alors que l’URSS était liée à l’Allemagne nazie par un pacte de non-agression et que la France était engagée dans la « drôle de guerre », le PCF avait mené une stratégie de démoralisation de l’opinion, à tel point que la Pravda soviétique pouvait se féliciter que le « Parti communiste mène en France avec succès une lutte souterraine inlassable » et que « malgré les mesures gouvernementales, le mouvement antimilitariste se répand dans le pays ».

En 1957, les soldats français d’Algérie connaissaient cet esprit de trahison du PCF dont ils avaient parfois été les victimes directes en Indochine, car certains de ceux-ci, rescapés des camps du Viêt Minh, souffraient encore des séquelles du lavage de cerveau pratiqué sur eux par les spécialistes de la manipulation mentale du PCF, comme Boudarel.

Ces militaires d’active qui avaient vu les trois quarts de leurs compagnons mourir dans ces camps avaient aussi été victimes, lors des combats, d’une trahison communiste organisée au plus haut niveau, comme le rappela, en 1956, lors du procès de l’« affaire des fuites », le général Navarre, ex-chef des forces françaises en Indochine : « Il y avait un devoir que nous considérions comme absolu : c’était que Paris ne fût pas au courant, car toute opération qui était connue de Paris était aussitôt connue par le Viêt Minh. »

En Algérie, les trahisons continuèrent, à l’instar de celle d’Henri Maillot, détournant un camion d’armes qui auraient ensuite servi à l’assassinat, par le FLN, de vingt-trois appelés. Comment imaginer que, dans de telles conditions, les militaires français eussent pu faire preuve de prévenance à l’égard de Maurice Audin ?

Par sa repentance insultante à l’égard de la mémoire, Emmanuel Macron est-il digne de célébrer bientôt le centième anniversaire de l’armistice de 1918 ?

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