Géopolitique : et si Donald Trump préfigurait le monde de demain ?


« Chaque fois que nous devrons choisir entre l’Europe et le grand large, nous choisirons le grand large. »
Qu’il soit apocryphe ou pas, cet avertissement fameux de Winston Churchill adressé au général de Gaulle a le mérite de la franchise. L’Angleterre est l’empire des mers et la France le royaume des terres. Rien de bien nouveau depuis que le monde est monde.

Mais ce qu’un Jacques Bainville, le maître en géopolitique de l’Action française, ou son homologue allemand, Carl Schmitt, n’auraient pu prévoir, c’était bel et bien l’élection d’un Donald Trump à la tête de la première puissance maritime mondiale, puissance par nature hégémonique donc. Président qui, par nature aussi, demeure de plus en plus imprévisible.

Ainsi, en voyage à Londres, notre homme vient-il de mettre à bas cet édifice historique liant l’Angleterre à ses anciennes colonies. De quoi s’agit-il ? Simplement du traité de libre-échange que Theresa May, Premier ministre anglais, entend conclure avec l’Europe. Lequel consisterait à en faire encore partie tout en la quittant ; le « Brexit doux », assure-t-on outre-Manche. Et Donald Trump d’asséner : « S’ils font un tel accord, nous traiterons avec l’Union européenne au lieu de traiter avec le Royaume-Uni. » Mieux, il affirme ensuite vouloir rencontrer son « ami » Boris Johnson, populiste lui aussi de l’espèce énervée et partisan d’un « Brexit dur ».

Quand on est poli, on peut définir de tels propos de « camouflet ». Quand on persiste à parler français, cela s’apparenterait plutôt à une « claque en pleine face ». Jean-Yves Le Drian, notre ministre des Affaires étrangères ne s’y trompe d’ailleurs pas, lorsqu’il note : « Trump est cohérent. Pour lui, seul le rapport de force paye. » Propos qui n’étonneront personne, sachant qu’au Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian participe plus de la tradition gaullo-mitterrandienne que de celle de ces atlantistes y ayant fait leur pelote sous le mandat sarkozyste. Ce qui signifie qu’au-delà des gémissements de vierges effarouchées de la majorité de nos médias, notre ministre parle finalement et peu ou prou le même langage que le locataire de la Maison blanche.

En effet, Donald Trump respecte ce qui est respectable. À savoir ceux qui ont la force de lui tenir tête. Emmanuel Macron a tenté l’exercice, mais la vigueur de sa poignée de main n’a pas suffi. « La France, combien de divisions ? », a dû penser l’ancien magnat de l’immobilier. Angela Merkel et Theresa May, toutes les deux fragilisées par la montée en « force » du populisme de plus en plus vigoureux en Europe ? Des paillassons à peine digne de s’y essuyer les pieds.

Même dans les cercles du pourvoir iranien, on se dit que, finalement, l’homme aux cheveux de feu ne présente pas que des inconvénients, étant à l’évidence moins hypocrite que ses prédécesseurs. D’ailleurs, pourquoi ne pas négocier en direct avec lui ? Ce qu’a accompli Pyongyang, Téhéran pourrait bien le faire aussi…

Si l’on résume, le règne du foutraque de Washington inaugure plus qu’une nouvelle ère des relations diplomatiques, puisque il nous ramène à la réalité d’hier, fermant ainsi la parenthèse des utopies mondialistes et humanistes, jadis théorisées par un de ses défunts confrères, Thomas Woodrow Wilson, qui voyait dans les USA une nation au-dessus des autres, alors qu’elle n’est qu’un pays parmi d’autres.

Donald Trump, héritier involontaire des Carl Schmitt et Jacques Bainville plus haut cités ? La marche de ce monde a parfois de ces ironies…

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