Politique

Geoffroy Didier et LR s’y prennent très mal pour récupérer l’électorat FN


Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

 

J’avais cru comprendre que Laurent Wauquiez et LR avaient pour obsession d’assécher l’électorat du FN, qui demeure consistant en dépit de la catastrophe présidentielle dont Marine Le Pen se relève difficilement malgré l’apparent unanimisme du dernier congrès.

Cet objectif tout à fait louable – et que j’approuve puisque, citoyen, le futur Rassemblement national n’aura jamais mon adhésion, pas plus que le FN d’hier et d’aujourd’hui -, pour être atteint, impose une stratégie qui est loin d’être celle que développe la droite. Cette dernière n’est pas dans une telle position de force qu’elle puisse se permettre de traiter avec mépris et arrogance toutes les initiatives de Marine Le Pen – même celle qui l’a conduite, pour la législative partielle de Mayotte, à appeler à voter pour le candidat LR.

Qu’elle espère ainsi sortir de l’impasse où l’a conduite un absolutisme pétrifié et à force ridicule est une évidence. Mais, ainsi, elle revient aussi au bon sens car si on exclut les variations et les délires sur l’euro, son parti est indiscutablement plus proche de l’esprit de LR que de LREM. Notamment sur l’immigration, les problèmes de sécurité et de Justice.

Faut-il alors, par une attitude extrême qui relève d’une posture – comme si LR craignait en permanence d’être stigmatisé par la gauche et l’extrême gauche -, « cracher » sur Marine Le Pen et, donc, humilier une multitude d’électeurs qu’on affirme pourtant vouloir reconquérir ? Geoffroy Didier fait-il véritablement œuvre utile, pour cette nécessaire entreprise de réappropriation d’un électorat égaré et, de fait, condamné à la stérilité s’il demeure là où il est, en ressassant « qu’il n’y aura jamais d’alliance avec les boutiquiers du FN » ?

Ce qui est gênant, dans ce comportement de la droite, est qu’il paraît résulter plus d’une peur de l’adversaire que d’une sincérité politique. Plus d’un souci de se faire bien voir de qui, pourtant, n’a aucune légitimité pour la juger que d’une libre lucidité.

Car, au regard de celle-ci, peut-on vraiment soutenir que le propos de Thierry Mariani évoquant un possible rapprochement et dialogue avec le FN (JDD) est le tremblement de terre qu’on a dénoncé, un péché mortel contre la démocratie ?

L’union des droites évoquée par d’autres est-elle véritablement une honte pour un esprit républicain à partir du moment où, avec l’effacement bienfaisant de Jean-Marie Le Pen, les indécences et provocations historiques ont été remplacées par un débat purement politique ? On peut n’être pas d’accord, mais on n’est plus dans le soufre.

On a le droit de s’interroger sur le bien-fondé d’un processus qui prétendrait récupérer les électeurs du FN en adoptant peu ou prou le même projet sur les plans sociétal et régalien, mais en continuant à traiter de peste et de choléra, sans nuance, ceux qui le dirigent ? Comment, dans ces conditions, la base du FN pourrait-elle être tentée de rejoindre LR ?

Pourtant, cette entreprise mérite d’autant plus d’être menée à bien que le FN est fragilisé et que probablement beaucoup de militants sont désorientés, écartelés entre une fidélité pour une présidente qui a failli et une aspiration à compter davantage dans notre vie démocratique en s’attachant à un nouveau parti.

Que Marine Le Pen soit hostile à un rapprochement – contrairement à sa nièce, à ce que j’ai cru comprendre – et que les élucubrations économiques anti-européistes persistent ne rendent cependant pas vaine la lutte que LR devrait engager de manière plus intelligente, pour réussir ce que Nicolas Sarkozy, sur un autre registre, était parvenu à accomplir en 2007.

Il est certain que les manœuvres programmées seront vouées à l’échec si elles se contentent de montrer aux adversaires à quel point LR est un bon élève bien obéissant – un parti affichant une éthique dévastatrice et aujourd’hui à contretemps.

Emmanuel Macron, en offrant systématiquement son intelligence, son écoute bienveillante et sa compréhension pleine d’empathie à Donald Trump, l’a maintenu autant qu’il a pu dans le cercle de la rationalité. Il ne l’a pas exilé dans l’opprobre.

Aussi, ce n’est pas en insultant le FN et ses électeurs que LR parviendra à convaincre et à séduire les seconds en brisant l’attrait du premier.

Extrait de : Justice au Singulier

Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

Cet article a été lu 3924 fois
Cette statistique n'est pas mise à jour en temps réel