Guillaume Bernard : « Les gens qui se positionnent à droite s’assument-ils véritablement de droite ? »


Politologue et maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures).

 

Alors que les instances dirigeantes de LR se posaient, mardi, la question de savoir s’il fallait exclure de leur formation les ministres du gouvernement d’Édouard Philippe ainsi que les députés « constructifs », Guillaume Bernard analyse la crise profonde que connaissent les LR, une crise qui remonte bien avant l’élection d’Emmanuel Macron.

Les Républicains se demandent aujourd’hui s’il faut exclure d’une part les ministres du gouvernement d’Edouard Philippe et d’autre part les députés Constructifs, c’est à dire Macron-compatibles.
Que dit cette question des Républicains sur leur état, leur ligne politique ?

Cela démontre qu’ils sont dans une position extrêmement compliquée.
Elle résulte de leur choix au soir du premier tour de la Présidentielle.
Ils ont quasi unanimement appelé à voter pour Emmanuel Macron pour le second tour de la présidentielle et d’une manière extrêmement rapide.
Dès lors, il fallait évidemment prévoir que certains des hommes politiques de ce parti se rallieraient plus ou moins ouvertement et plus ou moins en participant à l’Exécutif de la majorité présidentielle et parlementaire d’Emmanuel Macron .
Il est bien évident que le courant des Républicains est aujourd’hui très écartelé entre diverses positions politiques.
Il est éparpillé d’un point de vue idéologique.
Cela signifie qu’ils ont une porosité intellectuelle avec le macronisme et la grande coalition droite/gauche d’Emmanuel Macron.
Pour autant, ils essayent de s’en départir pour ne pas être absorbés par cette grande coalition et ainsi sauver leur identité ou leur positionnement politique.

Au sein des Républicains, certains à l’inverse demandent que la clarification soit faite également du côté droit du parti.
Certains dénoncent une porosité avec les idées du Front National.
C’est notamment le cas de Valérie Pécresse qui crée son mouvement Libres !.
Est-ce que ce 2e constat apporte de l’eau à votre moulin ?

Si d’un côté, ils excluent ceux qui sont Macron-compatibles et que de l’autre côté, ils excluent ceux qui sont proches, ou du moins compatibles, avec le Front National, il ne va pas rester grand monde chez les Républicains.
Il ne va rester dans ce cas que les personnes qui n’assumeront pas officiellement ce qu’ils pensent vraiment.
Comme l’a dit Henri Guaino lors des Législatives, on peut voter pour l’étiquette LR sans savoir véritablement pour qui ont vote.
Vont donc rester dans le parti des Républicains, des personnes qui, tout en n’ayant pas apporté leur soutien lors du vote de confiance pour le gouvernement Philippe, sont quand même proches idéologiquement parlant.
Nous ne sommes pas dans une cassure, dans une réorganisation où les lignes de fractures stratégiques et idéologiques correspondent.
On est beaucoup plus dans un positionnement pour pouvoir exister électoralement et médiatiquement.
Je pense que resteront à LR un certain nombre de personnes dont on ne sait absolument pas ce qu’elles pensent réellement.
En outre, il est bien évident que l’écartèlement idéologique entre le macronisme d’un côté et le Front National de l’autre sera tel que l’espace politique de LR risque de se réduire à une peau de chagrin.

Est-ce que les Républicains ne décideront pas définitivement de la ligne qu’ils choisissent pour les cinq années à venir lors du Congrès ?

Tout dépendra de l’étendue de la victoire de celui qui sera désigné à la tête du parti politique.
Quel qu’il soit, qu’il tienne des positions plutôt droitistes ou des positions plutôt de centre droit, il ne pourra s’afficher, s’affermir et véritablement mener le parti politique que s’il obtient une très large victoire et que si les opposants sont très minoritaires.
Il est bien évident qu’il s’agit aujourd’hui de faire du buzz médiatique. Les choix stratégiques et idéologiques se décideront plus tard.
Il me semble qu’il y a une scission au sein de la droite qui ne date pas de l’élection d’Emmanuel Macron. Avant même l’élection d’Emmanuel Macron et la victoire des Macronistes aux Législatives, il y avait un éparpillement de la droite, une triple fracture.
Elle est d’abord d’ordre sociologique : la droite d’en haut, la droite d’en bas.
Ensuite, elle est d’ordre idéologique : ceux à droite, mais qui en fait ne sont pas de droite, et ceux qui sont véritablement de droite, et il y en a un certain nombre à LR.
Enfin, elle est d’ordre stratégique.
Ceux qui se sentent plus proches de la grande coalition libérale macroniste que du Front National, même s’ils ne veulent pas apporter un soutien explicite à Macron, et ceux qui, en revanche, assument le fait d’être quand même plus proches, non pas de la direction du Front National, mais des électeurs du Front National.
Est-ce que les gens qui se positionnent à droite se revendiquent et s’assument véritablement de droite. Il y a là une véritable ambiguïté.
Telle est la question. Je ne suis pas certain que cela en prend la direction actuellement.

Politologue et maître de conférences (HDR) à l’ICES (Institut Catholique d’Etudes Supérieures).

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