Économie - Suisse

Genève réalise le rêve de M. Hamon : taxer les robots

Professeur agrégé et écrivain
 

Pour financer son projet de revenu universel, M. Hamon voulait faire payer les robots. Le canton de Genève, haut lieu de la bien-pensance en Europe, va faire un pas dans la direction que préconisait l’ancien candidat à l’élection présidentielle en taxant les automates qui remplacent les caissières. 70 % des sommes récoltées seront reversées aux magasins n’employant que des « humains » pour percevoir l’argent de leurs clients, le solde servant à former le personnel de vente. Les supermarchés suisses, évidemment, renâclent et crient à l’injustice.

Que penser de cette mesure qui serait une première ? D’abord, au final, le consommateur réglera cette taxe et les prix augmenteront d’autant. Ensuite, seuls des secteurs incapables de se délocaliser, comme des commerces, seront concernés par ce type de taxe et un impôt similaire ne verra jamais le jour dans l’industrie, car le premier pays qui l’adoptera fera fuir ses usines à l’étranger. Le résultat serait catastrophique pour le gouvernement casse-cou qui s’y risquerait. Il faudrait que l’ensemble des nations industrialisées adoptent ce prélèvement pour qu’il soit mis un jour en place (ce qui n’arrivera jamais).

Le but de ce nouvel impôt étant de créer et de maintenir des emplois, si on suit sa logique, il faudrait taxer les distributeurs automatiques de carburant (qui concurrencent les pompistes), les aspirateurs à feuilles (qui remplacent des employés avec des balais) et les automates bancaires. Car pourquoi ne pas revenir au guichetier et aux files d’attente dans les agences ? Évidemment, cela n’a aucun sens.

Ne nous leurrons pas : combattre les robots est voué à l’échec et 90 % des métiers sont menacés par l’automatisation. Dans quelques décennies, les taxis seront remplacés par des voitures Google sans conducteur, les enseignants par des androïdes au savoir et à la patience infinie, les médecins par des programmes experts dont la science sera si complète qu’ils détecteront des maladies rares qui ne touchent que dix personnes dans le monde, les femmes de ménage par des robots maniaques de la propreté. Les romans aux multiples péripéties seront écrits par des logiciels à la programmation pointue (mais les meilleurs ouvrages resteront, bien entendu, ceux qui sont composés par des hommes ou des femmes de génie). Même les péripatéticiennes seront dépassées par des androïdes sexuels qui délivreront un plaisir incommensurable.

Que fera-t-on, alors, des laissés-pour-compte si les métiers pour humains se restreignent aux seuls ingénieurs chargés de concevoir ces merveilles et aux forces de sécurité ? La crainte d’un chômage de masse est légitime, mais à mon sens, la transition ne sera pas brutale. Les changements se feront en douceur sur plusieurs générations. Plus l’automatisation interviendra, plus le coût de la vie diminuera ; nos descendants auront besoin de moins d’argent et ils deviendront petit à petit des rentiers et des capitalistes possesseurs d’usines sans ouvriers.

Enfin, espérons-le ; le pire, comme le meilleur, n’est jamais sûr.

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