« Gauloises » anglaises, déportées en Pologne

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

Aujourd’hui (24/4) que l’on parle de l’américanisation possible d’Alstom, oserai-je encore évoquer le sort des « Gauloises », réglé depuis le 14 avril 2014 ? Le ministère de l’Économie, lui, reste muet… M. Mitterrand a présidé à la liquidation de la sidérurgie en Lorraine (où aujourd’hui 55 % des ouvriers menacent de voter FN aux européennes imminentes). M. Hollande préside à l’élimination des derniers fleurons de notre industrie. Au nom de Jean Jaurès !

La plus importante des deux dernières usines de cigarettes en France, bien de la SEITA, est située à Carquefou, dans la banlieue de Nantes. Elle emploie 327 salariés et a produit l’an passé 12,2 milliards de cigarettes blondes, principalement des « Gauloises » et des « Gitanes ». Elle est rentable, mais son propriétaire anglais, Imperial Tobacco, veut augmenter ses bénéfices. C’est à cette fin qu’il entend délocaliser en Pologne.

Héritière du monopole de la fabrication et de la distribution du tabac instauré par Colbert à la fin du XVIIe siècle, la SEITA a été une société d’État avant d’être privatisée en 1995 et de fusionner avec son homologue espagnole Tabacalera en 1999 pour former ALTADIS. En 2007, le nouvel ensemble a été racheté par Imperial Tobacco, dont le siège est à Bristol. Plus aucun Français ne siège au conseil d’administration depuis 2010. En grande majorité anglais, les principaux dirigeants, administrateurs et actionnaires privilégient leur pays lors des décisions douloureuses. Une partie de la production de l’usine nantaise pourrait même être rapatriée sur le site de Nottingham plutôt qu’en Pologne, croit savoir « Le Figaro » (14/4).

Anglais et/ou polonais, les ouvriers d’Imperial Tobacco vont donc œuvrer, non sans quelque perplexité, imagine-t-on, sous le casque ailé dessiné en 1936, redessiné en 1947 pour le paquet de « Gauloises » par l’immigré russe Marcel Jacno (1904-1989).

Inutile de leur parler du chanteur punk français Denis Quilliard (1957-2009), surnommé « Jacno » pour sa fatale consommation de « Goldos ». Encore plus pittoresque, et peu fréquent dans les milieux de la pop, ce chanteur évoquait volontiers son grand-père d’Action française, et il lui arrivait de se présenter lui-même comme monarchiste ! L’on s’en souvient avec émotion à l’AF…

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