Entretien - Les Républicains

Julien Aubert : « Le gaullisme dépasse la droite, il cherche à s’émanciper du jeu des partis »

Julien Aubert, candidat à la présidence des Républicains, répond au micro de Boulevard Voltaire.

Quelle voix comptez-vous porter lors de ces élections ?

Une voix gaulliste, une voix souverainiste, une voix d’une jeunesse née avec Mitterrand.
Aussi une voix consciente que la droite perd les élections parce qu’elle cocufie ses électeurs depuis un certain nombre d’années en tenant un discours pendant les campagnes électorales et ensuite en l’abandonnant une fois au pouvoir.

Quand on voit les destins de ceux qui se revendiquaient gaullistes, comme Henri Guaino. Ils ont tous plus ou moins quitté la vie politique. Le Gaullisme semble chercher son héros.
Je ne suis pas Balavoine et je ne suis pas un héros.
Néanmoins, je ne suis pas non plus un anti-héros. Je constate que lorsque la droite gagne, elle le fait toujours sur des thématiques gaullistes. Ces thématiques sont un État fort mais pas autoritaire, une dimension économique libérale mais ni sauvage ni totalement capitaliste ou financière, avec un État stratège capable d’organiser les territoires.

Quand vous regardez 95, c’est bien campagne inspirée par Guaino, Todd, Seguin qui permet à Chirac d’être élu. 2007, c’est bien une campagne inspirée par Guaino une nouvelle fois qui permet à Nicolas Sarkozy d’être élu. A l’inverse, 2002 poussive pour Chirac et élu par défaut et Nicolas Sarkozy en 2012, on connaît le résultat.
Il y a plusieurs droites. La droite que je représente est absente. Elle doit pouvoir s’exprimer pour colorer le prochain programme électoral et changer certains réflexes un peu pavloviens.

Vous semblez dire que vous incarnez une droite qui s’assume, une droite des valeurs. Laurent Wauquier revendique la même position. Quelle différence y a-t-il entre vous deux ?

Tout dépend de votre définition de la droite des valeurs.
J’incarne une droite de cohérence, de loyauté et de fidélité à mes idées. Je tiens le même discours depuis 20 ans.
Quand je relis le discours de Philippe Séguin de 1992, on constate qu’il a très bien prévu les 25 ans qui ont suivi.
Laurent Wauquier, quant à lui, a connu une évolution. Il a rejoint les positions, mais il ne les tenait pas au départ.
Ensuite, j’accepte de franchir le Rubicon en matière de souverainisme. Je veux bien arrêter avec le verbiage de la droite concernant Schengen II, le mieux d’Europe, plus de Parlement, plus de gouvernement économique de la Zone.
Je suis très clair là-dessus, je veux une Europe des nations. Ce n’est pas le cas de Laurent Wauquier qui veut une Europe à géométrie variable. D’une Europe qui dysfonctionne, on va en faire quatre ou cinq qui fonctionneront mieux. Je dis attention aux superpositions.
Je suis favorable à un État fort qui régule la décentralisation. Je suis donc hostile à des grandes Régions sans âme. Il faudrait poser la question au président de la Région Rhône-Alpes.
Je crois que la transparence est une maladie de la démocratie. L’inefficacité d’une démocratie souveraine amène à questionner la rémunération des élus.

On peine un peu à percevoir le créneau de la droite une fois reconstruite après l’élection d’Emmanuel Macron avec les différentes tendances de la droite. Où votre créneau se situerait-il ? Comment ferait-il pour obtenir 50 % des suffrages ?

C’est aussi une question de leader. Marine Le Pen a essayé de prendre le gaullisme pour fond de commerce et qui n’a pas réussi à incarner ce créneau parce qu’elle n’en avait pas l’épaisseur.
Il ne suffit pas de prendre un créneau pour être élu. Il faut un chef, une vision et un programme. Il faut aussi aller au-delà des slogans ou des positionnements. Nous ne sommes pas des marques de yaourts.
Mon créneau est assez simple. Emmanuel Macron porte une politique. Je souhaite exactement l’inverse.
Je ne veux pas de peuple européen, mais un peuple français.

Je ne veux pas de politique soi-disant européenne de fusion en matière industrielle, mais une politique de géants français, un capitalisme à la française.
Je ne veux pas d’une politique marquée par l’idéologie écologiste qui conduit à fermer les centrales nucléaires, les centrales à charbon, et le pétrole, mais une politique pragmatique qui consiste à se diversifier énergiquement en investissant dans toutes les nouvelles technologies et les nouvelles recherches. Il s’agit bien de sortir de notre addiction au pétrole, mais pas par la production mais par la consommation.
Je ne veux pas une politique qui vise à nier l’identité des indépendants en les fusionnant avec les salariés, mais une politique qui consiste au contraire à assumer qu’il y a un développement de l’emploi indépendant et qu’il faut financer la protection sociale différemment, en donnant les moyens au RSI de fonctionner et en faisant confiance aux indépendants pour auto-liquider ces cotisations.
Je ne veux pas une politique budgétaire consistant uniquement à être obsédé par l’objectif comptable des 3 % de déficit, mais une politique au service d’objectifs. Lorsqu’on veut une France de propriétaires par exemple, cela qui suppose de ne pas prendre les mesures en cours, à savoir supprimer le PTZ dans les milieux ruraux, garder la taxe d’habitation sur un certain nombre de propriétaires dit les plus fortunés, faire un impôt sur l’immobilier et en même temps couper l’argent à des communes qui sont les premiers acteurs du BTP et la construction immobilière et notamment en matière HLM.

Vous avez une famille politique très éclatée. Dans le Sud, Christian Estrosi a fondé La France audacieuse, Valérie Pécresse a voulu fonder son mouvement et aussi Les Constructifs.
Parmi tous ces mouvements va être élu un président des Républicains, vous, Daniel Fasquelle, Laurent Wauquier ou quelqu’un d’autre.
Comment arrivera-t-il à fédérer tous ces courants différents qui démontrent leurs divergences fondamentales ?

Je ne vous suis pas lorsque vous parlez de divergences fondamentales. J’ai l’impression qu’il y a une balkanisation de la droite par rapport à des leaders régionaux.
Nous avons la droite de PACA, la droite de Rhône-Alpes, la droite d’Île-de-France, la droite des Hauts de France, et peut-être demain la droite des Pays de la Loire.
Si mes souvenirs sont bons, la plupart de ces leaders étaient dans le même gouvernement de Nicolas Sarkozy. Il faudra donc m’expliquer comment ces divergences fondamentales si saillantes aujourd’hui n’ont pas surgi il y a dix ans.

Selon vous, manque-t-il un leader naturel à la droite ?

Il manque effectivement un leader. Mais surtout, derrière cette balkanisation, il ne faut pas toujours y voir des objectifs idéologiques. Il faut également y voir des ambitions présidentielles.
Je souhaite que le président de ce parti ne soit pas candidat à l’élection présidentielle.
Vous ne pouvez pas être arbitre du match de foot et porter les couleurs du PSG.

Si je comprends bien, si vous vous présentez à la candidature de la présidence des Républicains, vous vous engagez à ne pas vous présenter aux présidentielles ?

Si je suis élu président des Républicains, je ne présenterai pas à l’élection présidentielle de 2022. Je ne suis pas encore atteint de présidentialite. C’est une maladie qu’on attrape visiblement le matin en se rasant devant son miroir, ce qui fait qu’à la fin on réfléchit en créneau et en positionnement.
Il se trouve que beaucoup de mes amis ont été touchés et de ce fait, je me garde toujours de ne pas dire que je suis plus fort que les autres. Mais aujourd’hui, je peux dire très sincèrement aux gens que je ne souhaite pas être président de la République.
Celui qui s’est fait élire est un ami de promo. Je crois qu’il faut savoir raison garder et être conscient de ce que l’on peut apporter et si son expérience permet réellement d’être un bon chef d’État.
La responsabilité est très lourde.

Vous êtes en cours d’obtention des différents parrainages nécessaires pour vous présenter.
Nous voyons régulièrement dans la presse vos divergences avec les autres concurrents, mais vous dénoncez un seul point commun, celui que Laurent Wauquier chercherait à choisir ses adversaires ou à être le seul candidat à la tête de ce parti…

Le fait qu’il soit le seul candidat serait le résultat de règles très strictes. Je ne sais pas s’il cherche à être le seul candidat. Je sais en revanche qu’il m’a emporté deux parrains. J’en déduis qu’il ne cherche pas forcément à me sponsoriser dans cette compétition.
Ce serait de bonne guerre dans la mesure où, pour gagner la compétition, il empêcherait un autre candidat d’être parrainé. Cela pourrait se comprendre. Or, à partir du moment où il est annoncé gagnant, je ne pense pas que le risque d’être seul sur la ligne de départ soit une bonne politique.

Êtes-vous serein quant à l’obtention de ces parrainages et à votre candidature ?

Comme pour toutes élections, je suis serein, mais pas confiant.
Je suis serein car l’important est de savoir ce qu’on a fait et pourquoi on le fait. Et de savoir si on peut se regarder dans une glace. C’est mon cas.
Je ne suis pas confiant, car à l’heure actuelle j’ai 1824 parrainages et qu’il m’en manque plus de 500.

Une question importante se pose régulièrement depuis des derniers mois. Il s’agit de l’union des droites. Certains cadres de votre famille politique y sont favorables. Quelle est votre position sur ce point ?

Je considère que le Gaullisme dépasse la droite. Il y avait des Gaullistes de gauche. Les Gaullistes cherchent au contraire à s’émanciper du jeu des partis pour un projet national qui puisse faire l’union des Français et attirer des Français de toutes couleurs politiques. Selon moi, l’union des droites est un concept très restrictif.
Deuxièmement, l’union des droites sonne souvent comme des alliances entre partis politiques. En bon Gaulliste, je ne crois pas qu’on puisse faire le bonheur des Français par le jeu des partis. Les partis sont des espaces naturels où on exprime des idées qui servent à animer la démocratie. En aucun cas ils ne peuvent se substituer à une réflexion. Ayons déjà un bon projet aux Républicains, faisons qu’une fertilisation du terreau de la pensée se crée, et vous verrez que ce sujet d’union des droites passera. D’ailleurs, il est assez difficile à comprendre. Monsieur Philippot est de gauche et était pourtant au Front national, et ce parti frappe sur les Républicains qui est à droite.

Vous évoquez la balkanisation de votre parti et la différence de sensibilité en fonction des régions. Peut-on avoir un point de vue différent de la politique nationale en fonction de la région où on est élu ?

Oui, c’est d’ailleurs pour cela que je propose un modèle confédéral type CDU-CSU, c’est-à-dire avec des partis régionaux. La divergence entre les droites vient du fait que la sociologie du pays évolue différemment suivant la manière dont les territoires réagissent à la mondialisation. Si aux Régionales, on vote Front national à 50% dans le Vaucluse et à 10% à Paris, il y a deux solutions. Soit on estime que l’homovauclusianus est différent de l’homoparisianus. Soit on considère tout simplement que ce sont les mêmes, mais qu’ils hiérarchisent leurs priorités différemment en fonction de l’environnement économique dans lequel ils évoluent.

Je crois à l’égalité entre les Français, je ne peux donc pas accepter la première solution. J’en déduis que la mondialisation a fait diverger les territoires. Il y a donc une nécessité d’avoir des constructions politiques mieux arrimées au territoire et en même temps d’avoir un Etat fort qui puisse incarner demain une politique pour le peuple français, et non pas pour le peuple d’Île-de-France ou le peuple provençal. Cette différentiation n’a pas lieu d’être au sein d’un État-nation.

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