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Quand le gandin fait la morale au zigoto…

Journaliste, écrivain
 

Emmanuel Macron qui traite François Hollande de « zigoto », voilà qui n’a rien de très jupitérien. Pour le Larousse : « Individu inquiétant, bizarre, extraordinaire ou qui cherche à épater. » Pour le Robert : « Faire le malin, l’intéressant. C’est un drôle de zigoto. » Est-ce bien là le portrait de l’ex ? Ou celui de son successeur ? Le débat sémantique (et démocratique) est ouvert.

Dans le dernier carré des fidèles de l’ancien chef de l’État, ça commence à renauder vilain. Et, histoire de relever le niveau, l’un d’eux menace dans Le Parisien : « François va en balancer une un de ces quatre, je ne sais pas quand… » Un peu comme dans un concours de pets ? En tout cas, c’est Macron qui a commencé, dénonce Olivier Faure, patron du groupe socialiste à l’Assemblée : « Moins de provocations aiderait peut-être à ce que l’ancien président de la République ne sorte pas de ses gonds régulièrement, pour des raisons bien compréhensibles. » Bref, c’est celui qui le dit qui l’est.

Chez les proches d’un autre Président, l’ambiance est tout autre, tant on y goûte le très sarkophile fayotage présidentiel. À tel point que l’époux de Carla s’inquiète de la santé de celui de Brigitte. Toujours selon Le Parisien, il s’alarmerait « qu’il ne dorme, comme il en a la réputation, que trois à quatre heures par nuit ». Touchante sollicitude… « Il pense qu’il ne va pas tenir le coup », aurait même confié un ancien sarkozyste du premier cercle, avant de conclure : « Pour lui, c’est sûr, ça va très mal finir… »

Nicolas Sarkozy parle d’or, lui qui traitait aimablement Jacques Chirac de « roi fainéant », alors qu’il lui devait beaucoup, au moins autant que Macron à Hollande. Et qui n’a pas très bien fini non plus, incapable qu’il fut, l’année dernière, d’accéder au second tour des primaires de son propre parti.

Au-delà de ces querelles de cour de récréation, Les Républicains, constructifs ou non, goûtent la friandise. Après tout, ces réformes d’inspiration libérale qu’ils ont été incapables de mettre en œuvre des décennies durant ne sont-elles pas en train de devenir réalité grâce au nouveau venu que personne n’attendait ? Fondamentalement, Sarkozy et Macron partagent la même vision politique. Pour eux, tout se résume à l’économie. La France, sa culture, son histoire, sa langue ? De simples concepts désuets, alors que leur sacro-sainte « modernité » nécessite d’être en mouvement, en marche. En ce sens, ils sont tout simplement un peu plus honnêtes qu’un Hollande tout aussi « bougiste », mais qui prétendait naguère que le monde de la finance était son ennemi ; monde qu’il ne persécuta d’ailleurs pas plus que de raison.

Pourtant, certains Républicains ne devraient pas se réjouir si vite, si bruyamment, sachant que le hold-up électoral d’Emmanuel Macron les condamne à terme, soit à le rallier pour de bon, soit à persister en une opposition de façade, celle promise par un autre zigoto : Laurent Wauquiez. D’une manière ou d’une autre, c’est donc leur propre tombe qu’ils sont en train de creuser, tandis que malgré les aléas du moment, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont toujours dans la cordée, pour reprendre l’expression popularisée par celui qui a chuté de vingt points dans les sondages depuis son arrivée à l’Élysée. Ce lui devrait l’amener à un peu plus de modestie.

En attendant, la riposte de François Hollande promet d’être foudroyante, « jupitérienne », dirait-on, si l’épithète n’était déjà prise par qui l’on s’ait : le 24 novembre, il accordera un entretien exclusif à… Michel Drucker. À côté, Apocalypse Now devrait avoir des allures de Guerre des boutons.

Avec, en point d’orgue, l’occasion de rendre la politesse à son successeur ? Au fait, comment dit-on « gandin », en hollandais ?

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