Marisol Touraine saborde le modèle médical français

Juriste

SG du Collectif Culture, Libertés et Création du RBM

 

Les médecins français bientôt sous tutelle des financeurs et des politiques ? Ce scénario prend de l’épaisseur avec les préconisations absurdes de la future réforme envisagée par Marisol Touraine et le gouvernement. La médecine libérale est en danger de mort, la réforme annoncée touchera gravement des professionnels qui constituent une classe productive et utile, mais aussi les patients, surtout ceux issus des classes moyennes.

Premier argument avancé par les responsables syndicaux : la liberté d’installation est menacée. En effet, la réforme prévoit la modification du service territorial de santé ; désormais, l’Agence régionale de santé (organisme étatique) décidera de l’offre et du parcours de santé du patient, et délivrera les autorisations d’exercer en fonction des diagnostics et des objectifs. La crainte des médecins est de ne pas être invités aux futures discussions de l’ARS, organisme dans lequel siègent principalement des administratifs.

Les médecins estiment, par ailleurs, que la réforme peut mettre à mal le sacro-saint principe du secret médical. Aujourd’hui, les dossiers médicaux des patients sont gérés informatiquement par des organismes étatiques tiers. La réforme prévoit de confier ces dossiers aux organismes financeurs, telles la Sécurité sociale, les assurances ou les mutuelles.

Le risque est grand, car qui peut dire que, demain, les assurances ne vont pas décider de ne pas rembourser complètement les soins d’une maladie, en estimant que le patient a été négligent dans son comportement ou sa vie privée ? Cela serait totalement contraire à l’esprit de la médecine française.

Plus préoccupants encore sont les dommages collatéraux que pourrait entraîner cette réforme, et notamment la partie portant sur la complémentaire santé pour le remboursement des soins hors secteur un. Tant pour les patients que pour les praticiens. La perspective d’une médecine à trois vitesses, pour trois classes sociales, est de plus en plus prégnante. Les plus aisés auront toujours la possibilité de souscrire une sur-complémentaire santé, les plus modestes bénéficieront d’aides pour payer la complémentaire en plus de la CMU et de l’AME. Mais, comme d’habitude, les classes moyennes paieront la facture, car elles n’auront pas les mêmes aides que les plus modestes et ne pourront que difficilement payer la sur-complémentaire.

En outre, il faut comprendre que cette réforme accentuera la fracture territoriale décrite par Christophe Guilluy. De nombreux médecins exerçant en France sont nés hors du pays (40.354 sur 198.760, dont 75 % sont extra-européens), souvent ils sont moins bien formés, et la plupart exercent en secteur un, dans les hôpitaux des petites villes, loin des grands centres urbains et des CHU. La réforme prioritaire est donc d’ouvrir le concours de médecine pour qu’un plus grand nombre de jeunes Français puisse accéder à cette noble profession.

Gabriel Robin
Juriste
SG du Collectif Culture, Libertés et Création du RBM

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