Non, un « prêtre pédophile » n’est pas un pléonasme !

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

L’épiscopat français a donné les chiffres lundi : neuf prêtres sont aujourd’hui emprisonnés pour des faits pédophiles. Si l’on y rajoute les 37 qui ont déjà purgé leur peine, et les 26 qui sont mis en examen, on recense 72 cas, soit 0,48 % des prêtres actuellement en exercice, comme le calcule Jean-Marie Guénois, du Figaro, tout en précisant que 60 % des faits rapportés datant des années 70 ou 80, il faudrait les rapporter, en sus, au nombre de prêtres de l’époque, cinq fois plus élevé.

Nous sommes d’accord, tout cela n’excuse rien. On ne peut que comprendre les tombereaux d’insultes qui se déversent sur l’Église dès lors qu’un prêtre est impliqué dans l’une de ces sordides affaires. Bien sûr, la vindicte est, pour partie, artificiellement excitée par une presse anticléricale, mais elle est aussi spontanée. Et c’est, somme toute, sain. C’est parce que le prêtre n’est pas, malgré la déchristianisation générale du pays, un homme « ordinaire » dans l’imaginaire collectif que l’indignation se déchaîne. Un mauvais curé est « pire », parce qu’il devrait être meilleur. C’est parce qu’il est, encore, sur un piédestal, parce qu’il bénéficie d’un crédit respect et confiance — dont il use pour commettre son forfait — qu’il suscite tant de colère. Et c’est parce que la pédophilie reste (et l’on ne peut que s’en réjouir) un interdit inviolable — sans doute le dernier — que la foule se déchaîne.

Ces actes révoltent, évidemment, la mère que je suis, mais aussi désolent la catholique. Le prêtre ne se contente pas de déchoir à titre personnel : c’est toute l’institution qu’il salit et entraîne dans sa chute.

Il n’empêche.

Ces quelques statistiques devraient forcer à un peu d’honnêteté : non, un « prêtre pédophile » n’est pas un pléonasme, comme on le lit régulièrement dans les propos orduriers véhiculés par les réseaux sociaux, dès lors qu’il est question de « curé »… comme on va le lire, je suis prête à le parier, dans les commentaires en bas de ce post, sous la plume aigre d’un lecteur anonyme.

Pas plus qu’un prof n’est, par essence, pervers.

Et, à cet égard, on ne peut pas dire que le ministère de l’Éducation fasse preuve de la même transparence, ni du même repentir public que l’Église catholique.

Non, le célibat, choix incompréhensible s’il en est pour notre société, n’est pas à incriminer. Sinon, le pourcentage de prêtres concernés serait évidemment bien supérieur. Et il est un fait que l’immense majorité des pédophiles répertoriés sont mariés.

Non, ce n’est pas un hasard si la majorité des faits remontent aux années 70. Le vent de libération sexuelle, de confusion totale, d’interdiction d’interdire, a soufflé aussi sur l’Église. De la pire des façons. Comme partout ailleurs. Et il n’est guère étonnant de constater que ce sont des intellectuels de cette génération-là qui se plaisent à trouver des excuses à Roman Polanski, évoquant sans sourciller « une toute jeune femme consentante » pour parler d’une fillette de 13 ans.

J’ai assisté, il y a quelques mois, à une ordination. Juste après la tornade médiatique Barbarin — l’enquête pour « non-dénonciation » a été classée sans suite par le parquet — et l’assassinat du père Hamel. Si on a pu dire, autrefois, que le fait d’être prêtre octroyait un statut social, ce temps est révolu. Il faudra que ces jeunes gens portent le mépris des uns et la détestation des autres. Ils le savent et l’acceptent. D’une certaine façon, c’est peut-être ce qui rend leur vocation plus solide et plus belle.

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