Le ranking de Shanghai : un classement bidonné ?

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Le couperet vient de tomber : on ne trouve que quatre universités françaises dans le top 100 du ranking de Shanghai. Initialement créé comme outil de comparaison à usage spécifiquement chinois pour situer le niveau des établissements, le ranking de Shanghai est devenu en dix ans LA référence, le classement mondial dont il faut être, le score qui fait la pluie et le beau temps et tomber d’un coup chaque été le bronzage des présidents d’université français au moment où ils réintègrent leur bureau.

Il paraît néanmoins que ce classement serait controversé. Sans blague. Que les États-Unis soient comme d’hab’ les grands winners (17 des 20 premières places), soit. Que la Chine, et notamment l’université de Shanghai, sprinte, comme par hasard, depuis dix ans dans le palmarès comme feu Laurent Fignon dans le col du Tourmalet et fasse cette année une percée spécialement remarquable, admettons. Mais pour le reste… Même ma grand-mère, qui habituellement ne lit dans Le Figaro que le Carnet du Jour pour ne pas louper l’enterrement d’une copine et qui hier s’est égarée dans les premières pages, a vu tout de suite, en lisant l’article, qu’il y avait un problème.

L’établissement français le mieux classé (37e position) est l’université Pierre-et-Marie-Curie, autrement appelée Jussieu. Le suivant est l’université Paris-Sud (Orsay), en 39e position. Normale sup’ ne se classe en revanche que 7 1e et Polytechnique quitte enfin péniblement le top 400 pour intégrer le top 300.

Ben ça, alors… Comme dit ma grand-mère, c’est le petit-fils de la voisine, avec ses dreadlocks, son bac au rattrapage, et ses semis d’herbes aromatiques (mais pas de celles qu’on met dans la vinaigrette), sur le balcon de mémé, qui doit être drôlement content de lui. Dire qu’il lui reste encore tout un grand mois de surf devant lui avant de rejoindre début octobre Jussieu, sa prestigieuse université désormais mondialement réputée, quand de grands bêtas, avec leur tête de premier de la classe bien peigné, s’apprêtent déjà à regagner tristement Paris et la prépa qui coûte un bras à leurs parents pour prétendre intégrer, en suant sang et eau, un pauvre établissement de seconde zone répondant au nom obscur de « X ». Comme dit aussi ma grand-mère, à Shanghai, il faudrait peut-être leur offrir des lunettes ?

On lit ici et là que c’est la méthodologie qui pécherait. Les critères retenus (l’attribution de prix Nobel et de médailles Fields ou la parution d’articles dans des revues… exclusivement anglo-saxonnes) seraient biaisés. Le score ne prendrait en compte ni la qualité de l’enseignement ni le niveau des élèves. Comme des hôpitaux que l’on jaugerait sans se préoccuper de l’état des malades ni de la compétence des médecins. Qu’importe. Valérie Pécresse l’a peu ou prou dit quand elle était ministre de l’Enseignement : « Le ranking de Shanghai ne rime à rien, mais il faut s’y plier. Comme à toutes ces lointaines instances mondiales autoproclamées qui décernent leurs notes implacables. On ne reculera devant aucune réforme absurde pour surnager dans le classement et tenter de décrocher la queue de Mickey au prochain tour, le triple A de Shanghai. »

Et parce que le culte de la « fusion-acquisition » est devenu une nouvelle religion de notre monde moderne, on rapprochera les unités pour créer des monstres universitaires, artifice technique imparable, paraît-il, pour grimper dans le classement. À quel coût ? Pour quel bénéfice concret ? Ce que vous êtes vulgaire, à toujours parler d’argent.

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