Lampedusa : châtier les coupables. Les vrais.

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Lampedusa, tragédie de l’immigration clandestine. Jeudi, plus de 130 Érythréens et Somaliens sont morts – dont des petits enfants —, près de deux cents sont aussi portés disparus dans le naufrage d’un rafiot transportant à son bord près de 600 personnes.

Qui pourrait rester indifférent ? Rome a décrété vendredi un deuil national, le pape évoque « une journée de pleurs », et les autorités de cette île sicilienne, promue porte d’entrée illégale privilégiée vers l’Occident, retournent leur impuissance contre l’Europe tout entière.

On s’émeut, on se scandalise et, à raison, on veut trouver des responsables. Et comme d’habitude, les doigts se pointent un à un vers le bouc émissaire universel, l’alpha et l’oméga de tous les péchés de ce monde : l’Europe occidentale.

L’Europe occidentale qui, en s’horrifiant de la détresse des victimes, en pleurant sur ses tout-petits, en tentant de leur donner une sépulture digne, est pourtant peut-être la première à les traiter avec un peu de respect, comme des êtres humains. Ce que n’ont jamais fait les tyranneaux de leur pays d’origine qui, entre instabilité chronique et corruption généralisée, poussent leurs compatriotes à préférer crever que rester, et encore moins les passeurs — on vient d’arrêter un Tunisien — qui, non contents de les avoir plumés comme du gibier, les entassent comme du bétail avec moins de soin qu’un négrier qui, lui au moins, devait en livrer quelques-uns en bonne forme pour espérer être payé.

Mais qu’a-t-elle fait, à la fin, l’Europe, pour qu’on veuille à tout prix lui faire monter le rouge au front dans cette affaire ? A-t-elle fait un trou dans la coque ? A-t-elle tapé à la crosse du fusil sur les doigts des naufragés pour leur faire lâcher prise ? A-t-elle remis illico à la mer les survivants ? Alors, quoi ?

Elle a prévenu — oh ! bien faiblement — qu’elle ne pouvait pas accueillir toute l’Afrique. Comme si quiconque pouvait prétendre le contraire. Comme si ce n’était pas une question objective d’arithmétique, confirmée s’il en était besoin par les très récentes projections démographiques. Comme si, lorsqu’il arrive un carambolage géant, on engueulait le gars des urgences qui prévient qu’il n’aura bientôt plus ni lit, ni morphine, et qu’au rythme où vont les entrées, le plancher de l’hôpital va finir par s’écrouler, mais qu’on laissait courir le chauffard. Et lorsqu’on aura fait taire le monsieur en blouse blanche, on pense donc que l’on aura résolu le problème ?

On le doit aux victimes de Lampedusa, il faut chercher et châtier les coupables. Mais les vrais.

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