La Suisse se cherche un nouvel hymne national : au boulot !

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Le 1er janvier, la Société suisse d’utilité publique a lancé un grand concours pour remplacer l’hymne actuel, jugé désuet et peu approprié. On pourra concourir jusqu’au 30 juin, avec, à la clé, une prime de 8.000 euros et l’insigne honneur de voir son œuvre entonnée en 2015, lors de la fête nationale du 1er août.

Le « Cantique suisse », adopté provisoirement en 1961 et définitivement en 1981, est paraît-il peu connu et, de ce fait, tout le monde est très gêné de ne pas savoir le chanter pour les manifestations sportives. De plus, composé en 1841 par un prêtre, il ne correspondrait plus à la nation helvétique en 2014. « C’est un mélange entre un bulletin météo et un psaume », se plaint un des présidents du jury, Oscar Knapp. Il n’y est question, disent les détracteurs, que de montagne, de soleil et de bon Dieu. Et si le soleil et la montagne sont toujours là, le bon Dieu, lui, comme partout ailleurs en Occident, est parti depuis longtemps. Le concours stipule, donc, que le nouveau texte devra s’ouvrir à des valeurs telles que « la liberté, la démocratie, la solidarité, l’ouverture au monde […] ».

Faut-il être ressortissant helvétique pour concourir ? Parce qu’ici, on peut vous donner un coup de main. Les réformes idéologiques qui ne servent à rien, on adore. C’est même devenu une spécialité française, au même titre que la quiche lorraine et la bêtise de Cambrai. Aurélie Filippetti, agrégée de lettres classiques et écrivain à ses heures, rédigerait le refrain ; Cahuzac se chargerait du couplet sur les banques, Séguéla évoquerait avec beaucoup de sensibilité l’horlogerie locale et Hollande se réserverait la partie chocolats – c’est son domaine les soirs de cafard.

Je ne veux rien dire, mais c’est vrai que les Suisses sont lents. Nous autres, Français, aurions fait gicler depuis belle lurette un hymne si contraire à la plus élémentaire laïcité. « Je suis triste devant cette campagne. Personne n’a fait cela auparavant, même dans des pays où le texte était bien pire. Notre hymne n’est pas extraordinaire. Il est de son temps et les temps ont changé, faut-il pour autant changer pour changer ? En France, le sang impur n’abreuve plus les sillons, mais “La Marseillaise” reste “La Marseillaise” », déplore l’historien suisse Claude Bonard, avec tous ceux qui, comme lui – ils sont quand même nombreux –, s’opposent à cette réforme. Ce culot ! Sans doute, notre hymne à nous n’est-il pas plus chanté par nos sportifs qui le connaissent mal ou en détestent le symbole, sans doute est-il, sur le fond, gore à souhait, mais il est révolutionnaire, monsieur, pas trempé dans l’eau bénite, et cela change tout.

Puisqu’on y est, on pourrait faire un lot ? De vous à nous, ne le prenez pas mal, mais votre drapeau, aussi, a atteint sa date de péremption. Il est même contraire à la plus élémentaire sécurité : cette croix qui frappe jusqu’à vos passeports va finir par jouer des tours à vos ressortissants dans les pays un peu nerveux, on vous aura prévenus, vous n’aurez à vous en prendre qu’à votre inconséquence. Déjà en 1984, le premier atterrissage de Swissair en Arabie saoudite ne faillit-il pas tourner en eau de boudin à cause de l’empennage un peu voyant ? Il y a quand même un tas de figures géométriques moins désuètes. Lançons donc une boîte à idées : le rond ? Déjà pris. Le croissant, l’étoile ? Aussi. Mais l’octogone, la ligne brisée ? Ou mieux – clin d’œil à votre neutralité – le « Peace and Love », blanc sur fond rouge. Un style ado prépubère qui devrait fortement rajeunir l’image de la Suisse.

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