J’ai voulu louer le ventre d’une mère porteuse…

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Le gouvernement le dit, le répète : la loi dite du « Mariage pour tous » qui sera votée mardi n’ouvrira pas la voie à la gestation pour autrui.

Ce n’est pas l’avis pourtant de certaines entreprises américaines spécialisées dans le domaine qui, avec pragmatisme, multiplient ces dernières semaines les prises de contact sur le sol français.

Je me suis rendue à l’un de ces rendez-vous, proposé par CT Fertility. Le lieu ? Un hôtel de luxe 4 étoiles (Le Prince Régent), au cœur du Quartier Latin, ambiance spa et décoration design. Question positionnement, le ton est donné : on est dans le produit haut de gamme.

Dans le hall, un interprète m’attend. Je le sens contrarié lorsque je lui annonce que je ne viens que remplacer une amie, désireuse d’avoir recours aux services d’une mère porteuse mais ayant eu un empêchement. C’est que, m’explique-t-il, ces sujets-là sont intimes. Comment pourrai-je poser toutes ses questions à sa place ? Saurai-je par exemple répondre à la question de savoir combien d’embryons elle souhaitera implanter, sa décision en cas de trisomie 21 ?

J’en conviens volontiers. Ces choix-là ne se délèguent pas à une copine. Mais je m’étonne : n’est-ce pas une réunion d’information ? Non, c’est un rendez-vous personnalisé. Las, la réunion collective d’information, prévue à une date antérieure, a dû être annulée en raison d’une manifestation d’opposants à la GPA. C’est bête.

Mais en même temps, puisque je suis là, et que le docteur Doyle, le médecin de CT Fertility, a de toutes façons, maintenant, une heure à tuer…

Tous ces échanges ont eu lieu dans le hall, exigu et collé à la réception, sans que l’interprète français ne baisse la voix ou cherche à les cacher. Il me paraît improbable que le personnel de l’hôtel n’ait pas entendu.

La rencontre a lieu dans une suite au troisième étage. Ambiance cosy, sur la table basse, un livre intitulé « Why I’m So Special: A Book About Surrogacy With Two Daddies ». Le dessin en couverture montre deux moustachus encadrant une petite fille.

Avec le docteur Doyle, il y a une avocate américaine qui s’occupe de la partie « agence de mères porteuses ». Elle répond aux questions concernant le casting des mères porteuses, il répond aux questions médicales. « Nice to meet you ! » Ils sont tous les deux fort chaleureux et sympathiques ; l’avocate évoque, attendrie, le sourire du futur bébé. La mère porteuse, m’assure-t-on, ne fera pas cela pour l’argent, mais pour la satisfaction de rendre service, et pour la valorisation qu’elle y trouvera. Finalement, personne n’a l’air de faire cela pour l’argent. Mais c’est quand même mon amie qui raquera au bas mot 100.000 dollars.

Oui, c’est assez cher, mais c’est parce qu’en France ce n’est pas commode. On ne peut pas souscrire de police d’assurance à cet effet comme aux États-Unis. Mais CT Fertility, qui a réponse à tout, propose des formules adaptées. Un peu comme votre forfait de portable. Mon amie a 41 ans, elle veut vraiment que l’on implante ses propres ovocytes ? Le docteur Doyle lui conseille dans ce cas sa formule illimitée, un peu onéreuse sans doute, mais au final souvent plus économique que les autres, passé 30 ans. Change-t-on de mère porteuse entre chaque fausse couche ? Non. Car ce sont en général les ovocytes de mauvaise qualité de la mère biologique qui sont à mettre en cause, et pas la porteuse d’une vingtaine d’années, sélectionnée parmi des dizaines de candidates. Pas question que l’on remette en cause ses pouliches, rien que de la qualité supérieure. Comment être sûr que la mère porteuse ne voudra pas garder l’enfant ? Aucune chance. Ce ne sont pas ses ovocytes. Et puis elle a déjà ses propres enfants (à moins de 25 ans ?), elle n’en veut surtout pas d’autre. Au contraire, la mère porteuse s’inquiète plutôt de savoir si on ne lui laissera pas le nourrisson sur les bras, en cas de bec-de-lièvre par exemple. L’avocate sourit.

Et comment faire revenir le bébé en France où la GPA est illégale ? Aucun problème, m’assure-t-on, depuis la circulaire Taubira. Une circulaire dont on me démontre qu’elle ne vient qu’entériner ce qui tombait sous le sens. L’illégalité du mode de conception ne change pas la filiation, n’est-ce pas ? On me compare cela à un enfant né d’un viol. Le mode de conception est délictueux mais si le père est français, l’enfant est français, hein ?

Avant que nous ne nous quittions, on me recommande de dire à mon amie de faire vite, pour la qualité des ovocytes bien sûr. Le mieux, évidemment, serait un premier voyage aux States pour faire une FIV. Que l’on congèlerait le temps de trouver tranquillement la porteuse ad hoc.

Dans le hall, un homme seul d’une quarantaine d’années attend son tour.

Selon l’article 227-12 du Code pénal, est puni d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende le fait de s’entremettre entre une personne ou un couple désireux d’accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de le leur remettre. Lorsque ces faits ont été commis à titre habituel ou dans un but lucratif, les peines sont portées au double.

La tentative de ces infractions est punie des mêmes peines.

Le fait pour une société hôtelière de prêter sciemment aide ou assistance à celui qui s’entremet dans un but lucratif entre une personne désireuse d’accueillir un enfant et une femme acceptant de porter en elle cet enfant en vue de l’abandonner est puni de 150.000 euros d’amende et de la peine complémentaire d’interdiction d’exercer une activité professionnelle.

Faut-il que le climat en France soit favorable pour que tous les associés de cette petite entreprise se sentent en totale impunité…

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