Ils ont eu la peau de la crèche Baby Loup !

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

La crèche Baby Loup, dans les Yvelines, n’a pas d’autre choix que de déménager. La mairie de Conflans ayant offert de l’accueillir, elle ira donc y trouver refuge, et quittera Chanteloup-les Vignes en 2014.

Depuis que la Cour de cassation a annulé le licenciement de sa salariée voilée (au motif qu’étant une entreprise privée, la crèche Baby Loup n’aurait pas eu le droit d’interdire, comme elle l’avait fait dans son règlement intérieur, les signes religieux pour son personnel), la situation est intenable.

Le personnel qui sort fumer se fait insulter, les pneus de voiture sont crevés, les carrosseries rayées. Une puéricultrice qui refuse à un père telle exigence particulière concernant les horaires de sieste se fait traiter de « sale blanche ». Les assiettes en mélamine des enfants, illustrées d’animaux divers dont des petits cochons, sont jugées « islamophobes ». « Vous avez vu le film La Haine de Mathieu Kassovitz ? », résume simplement un salarié.

Et pourtant, difficile de soupçonner la direction de noircir le tableau en raison d’une quelconque collusion avec l’extrême droite. La crèche a été créée il y a vingt-deux ans par une ancienne sage-femme, réfugiée politique chilienne et fervente féministe, avec l’idée, par une structure ouverte 24 h sur 24, de favoriser l’émancipation des femmes en leur permettant de travailler. En outre, la marraine de cette crèche n’est autre qu’Élisabeth Badinter.

Ce dernier détail n’est pas le moins intéressant de l’affaire.

Après l’annulation de la Cour de cassation, Élisabeth Badinter est sortie du bois pour cosigner dans Marianne une tribune réclamant la possibilité d’étendre l’interdiction du voile à la sphère privée. Pourtant, en février 2010, ce même Marianne, sur son site cette fois, s’étonnait de sa discrétion de violette quant à l’épineux sujet du voile islamique. Quand on lui parlait « asservissement par le voile », Élisabeth Badinter bottait en touche et répondait aliénation par l’allaitement et la couche-culotte lavable. Marianne avait raison : à moins que certaines se soient avisées d’enfiler une Pampers sur la tête, on ne voyait pas bien le rapport.

Parce que, pour elle, jusque-là, comme pour la plupart des féministes françaises, les seules femmes véritablement intéressantes à libérer étaient ces gourdasses d’occidentales aliénées par leurs gants Mapa et leur lourdaud de conjoint. Brûler des soutiens-gorge, c’est proprement fendard ; des voiles islamiques, c’est un tout petit peu plus compliqué. Parce que le féminisme ne se conçoit que de gauche et que la gauche ne va quand même pas risquer de se mettre à dos pour les beaux yeux de ces dames ce vivier électoral florissant que sont les populations issues de l’immigration.

Il faut qu’elles soient touchées de près, comme Élisabeth Badinter aujourd’hui, pour que ces féministes de gauche deviennent un peu plus féministes que de gauche et tentent de s’insurger contre ce deux poids deux mesures. Mais elles le paient parfois cher. Comme l’association Ni Pute Ni Soumise, objet actuellement de toutes les attaques, dont on lit dans Les Inrocks que « son discours est devenu un alibi pour entretenir un discours anti-arabe, et une cause de la xénophobie d’État ».

La débâcle de la crèche Baby Loup, ce n’est pas seulement l’histoire des insolubles contradictions de la laïcité à la française, mais aussi de celles du féminisme à la française.

Gabrielle Cluzel
Ecrivain, journaliste

Cet article vous a plu ?
Cliquez sur J'aime !

Recevez gratuitement nos articles !


AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Les commentaires sur cette page sont fermés.