Quand Charlie Hebdo réécrit l’Histoire

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Mercredi, jour anniversaire des attentats, sort un numéro spécial de Charlie Hebdo.

« Un an après, l’assassin court toujours », tel est le titre en une, au-dessus d’une caricature de Dieu portant tunique ensanglantée et kalachnikov en bandoulière.

Un an après, surtout, Charlie réécrit l’Histoire. Telle qu’elle l’arrange. Telle qu’il veut la voir, par le prisme de ses obsessions. Avec une mauvaise foi qui laisse sans voix. Et que personne ne veut ni ne peut dénoncer, puisque personne n’est sacré pour Charlie Hebdo, mais Charlie Hebdo est sacré pour tous.

Sur RMC, Benoît Apparu, soutien de Juppé pour les primaires aux Républicains, a fait ce commentaire : « C’est l’ADN de Charlie Hebdo que de provoquer. Certains seront choqués, d’autres non et riront. Pour ma part, je considère que l’amalgame considérant que les dieux sont des tueurs est un amalgame caricaturé. […] mais l’ADN de la France, c’est d’accepter ces caricatures. »

Et l’ADN de la France est aussi d’accepter le mensonge, même le plus scandaleux et le plus grossier ? Il faudrait donc acquiescer à l’idée assenée par Riss dans son éditorial, sur la page suivante, que les coupables seraient tous les « croyants » quels qu’ils soient ? Que les assassins ne seraient pas des terroristes musulmans mais Dieu ? Et pas n’importe quel Dieu, puisque le Dieu des musulmans ne se représente pas, mais le Dieu des catholiques, avec une barbe blanche tel qu’on le voit dans l’iconographie traditionnelle, et surmonté d’un triangle avec un œil central… triangle symbolisant habituellement la Trinité, triangle identique à celui que l’on trouvait déjà sur la couverture du numéro de Charlie Hebdo intitulé « Mgr Vingt-Trois a trois papas » et qui était censé figurer – légende à l’appui – le Saint-Esprit.

Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’islamophobie, s’est insurgé contre cette une. Anouar Kbibech, président du CFCM, s’est déclaré, lui, « blessé ». Mais que devraient dire les catholiques, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont mêlés ni de près ni de loin à cette affaire, et qui se retrouvent soudain, comme dans un procès kafkaïen et par un glissement ubuesque, au premier rang sur le banc des accusés ? Exit Mahomet. Vive la provocation en pantoufles. C’est tellement plus simple, plus reposant, plus consensuel de s’attaquer à ceux dont on sait bien qu’ils resteront cois. Voire, pour certains, qu’ils souriront poliment un peu jaune, avec l’espoir naïf, en laissant conspuer leur Dieu, de passer pour des esprits éclairés.

Un million d’exemplaires ont été imprimés, pour part importante à destination de l’étranger.

Il y a un an, on pouvait trouver quelques circonstances atténuantes à ceux qui répétaient comme une incantation « Je suis Charlie ». Il y avait l’émotion et la peine pour les familles. Il y avait l’envie de se tenir chaud en se serrant les uns contre les autres et en bêlant à l’unisson, tel un troupeau de moutons effrayés par le coup de tonnerre. Il y avait surtout la méconnaissance de ce journal à la diffusion confidentielle.

Aujourd’hui, on ne le peut plus. Et laisser imaginer au monde entier – puisque nul, en haut lieu, n’est revenu sur ce point – que la France continue « d’être » ce canard, de ne faire qu’un avec lui, et donc de cautionner toutes les inepties qu’il débite, est profondément irresponsable.

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