Au gouvernement, on aime bien se moquer… des inquiétudes des Français !

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

Le livre s’appelle Tous à poil. C’est Jean-François Copé qui l’a montré dimanche au « Grand Jury » RTL-LCI-Le Figaro. Il l’a trouvé au Centre de documentation pédagogique, dans la liste des livres recommandés aux enseignants des primaires. Et « son sang n’a fait qu’un tour » : « À poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil la mamie, à poil les voisins… » Ou encore « À poil la maîtresse, vous voyez, c’est bien pour l’autorité des professeurs ! »

Cécile Duflot a immédiatement ricané sur Twitter : « Je croyais peu possible d’avoir une approche aussi bourrine de la littérature jeunesse ! Les enfants ont tellement plus d’humour ! » Et l’éditeur s’est montré très surpris : selon lui, Tous à poil entend « dédramatiser la nudité, sujet trop souvent tabou ».

Parce que dédramatiser et se bidonner, ça fonctionne à tous les coups : n’êtes qu’une bande de lourdauds pudibonds qui prennent tout au tragique ! Parce que ce sont Cécile Duflot et ses amis qui décident de ce qui est drôle et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est un drame et de ce qui n’en est pas un. Les Français n’ont qu’à suivre les chauffeurs de salle, dans les médias, c’est quand même pas bien compliqué : là, par exemple, c’est la pancarte « rires ».

Et il fallait voir Dominique Bertinotti et sa cour se tenir les côtes, vendredi soir sur le plateau de « Ce Soir (ou jamais !) », sur France 2, consacré à la famille quand passait le petit reportage introductif et que les téléspectateurs ne pouvaient pas entendre : on se payait la tête des manifestants LMPT qui défilaient sur l’écran, on se tordait de rire devant Marine Le Pen dénonçant l’intervention des lobbies LGBT dans les écoles, on se marrait devant les femmes voilées témoignant de leur défiance face à la « théorie du genre ». Et cela a quelque chose de terrible, le spectacle d’un ministre que les inquiétudes — quelle qu’en soit la nature — de centaines de milliers de Français font rire.

Et voilà maintenant qu’on glousse de Jean-François Copé. Mais à dire vrai, le vrai souci pour celui-ci n’est pas tant de faire rigoler les socialistes que, plus ennuyeux, ses électeurs potentiels. Car il fait sourire jusqu’à ceux qu’il soutient, en faisant son entrée, frais comme une rose, sur un champ de bataille déjà pilonné : c’est bon, les gars, vous n’êtes pas morts ? Je peux venir ? Le débarquement de Jean-François Copé, ce n’est pas le jour J mais plutôt le jour J+1. Suivez mon panache blanc, mais passez devant, j’ai un coup de fil à passer, je vous rattrape. Il fait sourire jusqu’à ceux qu’il soutient car, bien sûr, si l’on fait un catalogue de tous les bouquins dans ce goût-là qui circulent dans les écoles, on peut ouvrir une librairie… qui a commencé à se monter bien avant mai 2012. De Xavier Darcos, qui a donné sa bénédiction à la Ligne Azur, à Luc Chatel, qui a introduit la vraie fausse théorie du genre au lycée, pour ne parler que d’eux. Bref, si l’on tire le fil et que l’on détricote tout jusqu’au bout, ce ne sont plus la maîtresse et la baby-sitter qui vont se retrouver à poil, rouges de confusion, mais bien tous les « seigneurs » de l’UMP.

Allez, ceux qu’il rejoint sont bons princes. Ce ralliement les met de bonne humeur. Copé, c’est la grenouille du baromètre. Lorsqu’il monte à l’échelle, c’est que la cause est au beau fixe et que le vent souffle dans les voiles. Puis, pour ébranler un mur comme celui-là, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues : les purs, les costauds, les précurseurs, mais aussi les velléitaires, les froussards et les ouvriers de la onzième heure. Sauf que, pour qui prend le train en retard, ne reste bien sûr qu’un strapontin. Sur lequel on s’assoit en se faisant tout petit. Va devoir s’y faire.

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