Arno Klarsfeld n’en revient pas. Et nous avec lui…

Ecrivain, journaliste
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Arno Klarsfeld est interloqué. Si interloqué qu’il a posté sur Twitter sa lettre de convocation du tribunal de grande instance de Nanterre, assortie de cette phrase : « Je suis convoqué le 3 fév pr être mis en examen pr av dit : “la France n’est pas antisémite mais une partie des jeunes des banlieues l’est”. »

La citation, à dire vrai, n’est pas complète. Le 9 janvier 2014 sur i>Télé, Arno Klarsfeld avait déclaré : « Non, la France n’est pas antisémite, il y a le noyau dur de l’extrême droite qui l’est vigoureusement, une partie de l’ultra-gauche et les islamistes et une partie des jeunes de banlieue. » Il est mis en examen pour avoir « porté atteinte à l’honneur et à la considération des “jeunes de banlieue” ».

Oui, Arno Klarsfeld n’en revient pas. Et nous avec lui. D’abord parce qu’ayant porté la même appréciation sur plusieurs segments de la population, si atteinte à l’honneur et à la considération il y a eu, elle devrait donc toucher tous ces segments.

Si je traite de sinistre abruti Pierre, Paul et Jacques, pourquoi la justice se saisirait-elle du seul cas de Jacques ? Passons sur les islamistes qui se tapent de la considération qu’on leur porte comme de leur première kalach’… mais l’extrême gauche, l’extrême droite qui, si on en prend la définition usuelle, représente quand même 25 % de l’électorat, eux n’auraient donc pas été atteints comme les « jeunes des banlieues » ? Ils n’auraient donc ni honneur ni considération à défendre ? Ou en tout cas leur honneur et leur considération, tout le monde s’en tamponne le coquillard ?

Ensuite parce qu’Arno Klarsfeld n’a pas non plus livré le scoop du siècle. N’a pas découvert la pierre de Rosette, l’eau tiède, le fil à couper le beurre. « Une partie des jeunes de banlieue est antisémite… » « Une partie », cela veut dire quoi, au juste ? Une immense, une petite, une infime ? Dites donc, le monsieur nous avait habitués à déclarations plus fougueuses, fracassantes, ébouriffantes. « Une partie des jeunes de banlieue est antisémite. » Oui, bon. Cela sent son lieu commun de dîner en ville entre retraités, au moment de la tisane, après « les islamistes-sont-vraiment-des-fous » et « il-faut-faire-attention-dans-les-transports-en-commun-avec-tout-ce-qui-se-passe ».

Que cherche-t-on donc à montrer en mettant Arno Klarsfeld en examen ? Que son assertion est fausse ? Dans ce cas, c’est donc que l’assertion contraire est vraie : « Aucun jeune de banlieue n’est antisémite… » On peut rigoler quand même deux minutes, ou l’on va, nous aussi, recevoir une convocation ?

Que ces choses-là ne doivent pas être dites ? Que, comme dit l’autre, chacun son boulot et les vaches seront bien gardées, et celui d’Arno Klarsfeld, c’est de traquer l’antisémitisme dans le bocal de formol, sur l’étagère poussiéreuse, avec son étiquette écrite à l’encre de chine : « vieille droite ».

La prochaine fois qu’Arno Klarsfeld passera sur i>Télé, il pourra compléter son énumération : « … une partie des jeunes de banlieue et tous ceux, les yeux fixés sur la ligne Maginot de l’antisémitisme façon grand-papa, qui font semblant de ne pas les voir, les laissant benoîtement s’installer, croître et prospérer ».

Gabrielle Cluzel
Ecrivain, journaliste

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