Audio - Editoriaux - Entretiens - Société - 24 novembre 2018

Gabrielle Cluzel : « Il y a le féminisme légal et le féminisme réel »

Pour paraphraser Benjamin Griveaux...

En ce samedi 24 novembre était organisée une marche contre les violences sexistes et sexuelles. Réaction, au micro de Boulevard Voltaire, de Gabrielle Cluzel, auteur d’Adieu Simone.

Plus de 400 femmes journalistes appellent à une marche le 24 novembre contre les violences sexistes et sexuelles. Pourquoi ne faites-vous pas partie des signataires ?

C’est peut-être parce que l’on ne me l’a pas demandé. Je suis extrêmement étonnée… Plus sérieusement, même si marcher est très bien et très bon pour la santé, cela ne va servir à rien du tout. Je crois que nous le savons toutes. C’est de la poudre de perlimpinpin comme dirait Emmanuel Macron. Votre question le fait d’ailleurs très bien remarquer, ce n’est pas « nous toutes », mais c’est « nous toutes les bonnes copines » qui défendons un certain féminisme rentrant au chausse-pied dans notre idéologie. Point barre.
Je crois qu’il n’y a pas une seule femme dont la cause se sera améliorée à l’issue de cette marche.

Cette marche tombe le même jour que la mobilisation des gilets jaunes.
On serait tenté de faire la lecture classique de la caste médiatique qui fait sa petite manif pendant que le peuple manifeste en masse pour des raisons autres…

J’ai lu une entretien – je crois que c’était dans 20 minutes – avec une des organisatrices de cette marche. Quelqu’un lui demandait très justement « ne craignez-vous pas que les gilets jaunes vous fassent concurrence ? »
Elle a vraiment écarté cela du revers de la main en disant «  non non, nos combats sont très éloignés ». Ces propos m’ont beaucoup surprise, car autant que je sache, il y a énormément de femmes parmi les gilets jaunes. On les a vues à la télévision. Énormément de femmes sont précarisées. Dans les familles monoparentales, ce sont souvent elles qui assument les enfants. Des dames âgées ont du mal à vivre, car elles ont de toutes petites pensions. Ces femmes-là ne les intéressent pas. On parle beaucoup d’argent chez les gilets jaunes. Les féministes doivent donc trouver cela un peu vulgaire…
On voit bien, encore une fois, que ce n’est pas de « nous toutes » dont il s’agit. Les femmes en gilets jaunes n’intéressent pas les organisatrices et elles présupposent que ces femmes-là, de toute façon, ne seront pas à leur manifestation. Quand bien même elles y seraient ou voudraient y aller, on sent bien qu’elles ne seraient pas forcément les bienvenues. En tout cas, je n’ai pas vu un seul mot d’empathie à leur endroit dans ces propos, c’est évident.

On n’est peut-être pas face à deux France qui s’affrontent, mais en tout cas, deux France qui vivent en parallèle…

Là, il s’agit des femmes. Pour paraphraser les mots de Benjamin Grippaux – qui citait lui-même Charles Maurras, précisons-le, car je crois qu’il s’était un peu trompé – il y a le féminisme légal et le féminisme réel. Il y a les femmes de la vraie vie avec de vrais soucis. Et les féministes s’en occupent fort peu.
Prenons un exemple récent qui a fait la une des journaux. Un jeune homme réfugié du Bangladesh a été acquitté après avoir été accusé de viol. Son avocat a argué du fait qu’il était peu au fait des « codes culturels ». L’avocat a raison. C’est évident. Il y a en effet des gens qui arrivent sur notre territoire qui n’ont pas les mêmes codes culturels… mais peut-être faudrait-il s’en inquiéter et se rendre compte que cela représente potentiellement un danger pour les femmes ?
On voit bien que pour les féministes institutionnelles, ce n’est pas leur combat. Je n’ai pas beaucoup vu de réactions de leur côté. Je crois que ce féminisme hémiplégique va lui aussi devoir faire son examen de conscience, comme beaucoup d’autres, quand les gilets jaunes se réveilleront. Et ils sont de toute évidence en train de se réveiller.

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