Fusion Racing 92-Stade français : quand le rugby perd de son âme…

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Dans le monde de l’ovalie, aux accents du Sud-Ouest fièrement marqués, à l’esprit rad-soc ancré jusque dans les mêlées les plus rudes, et dont les rencontres s’observent avec le même plaisir qu’éprouvé à la lecture d’une page de Denis Tillinac, la présence de deux clubs parisiens en haut de l’affiche relevait presque de l’anomalie. Pourtant, rien de plus normal qu’une capitale (et quelle capitale !) possédât ses lopins de terre, ses vestiaires embués et ses poteaux consacrés au rugby.

Paris et ses alentours n’abriteront bientôt plus qu’un seul club de haut niveau. Le Racing 92, et son maillot rayé de ciel et de blanc, et le Stade français, aux éclairs forgés sur l’armure de joueurs-mannequins annuellement dépoitraillés pour le compte de leur calendrier, ont décidé d’unir leurs destinées. Si l’ambition est de chatouiller, à nouveau, les sommets européens, le nouvel attelage aura sacrifié deux blasons sur l’autel de l’argent roi, du bling-bling et du sport moderne dans ce qu’il a de moins ragoûtant.

Après le football, mort un triste jour de décembre 1995 devant la Cour de justice des Communautés européennes qui venait de prononcer l’arrêt Bosman [qui a établi l’illégalité des quotas de sportifs communautaires, NDLR], le rugby court, à son tour, à sa perte.

Il est loin le temps où celui-ci était un sport de gentlemen qui, selon l’aphorisme, pratiquaient un sport de brutes et qui défendaient leur pré carré en même temps qu’ils partaient à l’assaut de celui de l’adversaire.

L’essence des sports collectifs réside dans l’âme des clubs, forgée dans l’Histoire, les victoires et les défaites, les joueurs de légende, la boue et les tranchées. L’imaginaire du rugby s’est construit mêlée après mêlée, de maul en maul, essai après essai, face à des adversaires contre lesquels la victoire a toujours été plus savoureuse lorsque l’on aperçoit son clocher dans le proche lointain propre aux voisinages de campagne.

Il n’y aura donc plus de querelles picrocholines entre Racingmen et Stadistes aux destins désormais enlacés, pour le meilleur et, craint-on, pour le pire.

Rapidement, les sympathisants des deux clubs ont manifesté, probablement en vain, leur mécontentement. Ils furent rapidement relayés par quelques joueurs phares – preuve que les rugbymen n’ont pas encore atteint le niveau de déracinement des footballeurs -, dont Christophe Dominici (ex-Stade français) qui s’est déclaré « abasourdi » par la nouvelle, Pascal Papé (Stade français), prêt à « mourir les armes à la main » ou Henry Chavancy (Racing 92), désespéré que ce ne fût pas une blague du 1er avril.

Ce lundi 13 mars, le rugby français et le rugby tout court ont perdu un peu de leur âme et, avec elle, ce qui faisait la beauté d’un sport de moins en moins épargné par les coups de boutoir du monde tel qu’il évolue. Et puis, il y a bien longtemps que le radical-socialisme est mort. Reste, comme plaisir hebdomadaire, la plume enracinée de Denis Tillinac, plus délicieuse que toutes les mêlées du monde.

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