Et si Marine s’inspirait de Patrick Buisson ?

Avocat
 

Si l’on peut émettre plus que des doutes sur la capacité de Fillon, grimé en costume de conservateur patriote et enraciné, à apparaître comme l’homme providentiel venu relever la droite, il ne faut pas sous-estimer son pouvoir de nuisance. Il a occupé presque à son corps défendant – les outrances d’un Pierre Bergé le comparant à Pétain y contribuant largement — l’espace inoccupé de la droite hors les murs, cet électorat orphelin de Villiers décu par les républicains mais pas tout à fait convaincu par le jacobinisme laïcard et sociétalement libertaire de Florian Philippot.

L’avenir dira si l’homme qui, en 2014, plaidait pour l’ouverture des frontières, inaugurait la mosquée d’Argenteuil, défendait le traité européen et, selon les dires de Villiers, acceptait la soumission au Bilderberg et au Nouvel ordre mondial est subitement devenu le héraut de la France réac qui s’achète les ouvrages de Zemmour ou si, comme les faits l’ont prouvé, il sera l’homme qu’il a toujours été : l’indécis et le suiveur des gouvernements qui ont mené la France au chaos.

L’analyste le plus lucide est sans doute Patrick Buisson, dans Le Parisien du 28 novembre. Mais plutôt que de laisser cette analyse au service de Fillon, Marine serait bien avisée de s’en inspirer, quoi que l’on puisse penser par ailleurs du personnage.

Son constat est que le vainqueur est celui qui saura faire — comme le RPF de De Gaulle en 1947 — la synthèse entre l’électorat conservateur majoritairement catholique et les classes populaires, la France du métro à 5 h du mat’ dont on parlait au temps de De Gaulle devenue la « France des oubliés » poussée dans les périphéries par une immigration massive encouragée sous les gouvernements de la droite libérale. Sur ce dernier terrain, Marine a une longueur d’avance. Elle sait parler à ces victimes de la mondialisation sauvage, ces oubliés de la République. Cet électorat est sensible au discours social et identitaire. Il est, d’ailleurs, intéressant de noter que Buisson, qui n’est pas un bolchevique, fustige, à l’instar d’un Michéa, le caractère incompatible du libéralisme et du conservatisme.

Il manque à Marine une fraction importante de l’électorat patriote conservateur.

Si une partie de celui-ci sera indécrottablement rétive à voter pour elle en raison de lourdeurs sociologiques — car elle profite aussi de la mondialisation —, d’autres ont déjà franchi le cap une fois ou deux et certains ne sont pas loin de le franchir. D’ailleurs, Marion Maréchal a toutes ses faveurs. Seulement Marion n’est pas organisée au sein du Front national — et ne souhaite pas l’être — et la branche néo-chevènementiste, pourtant minoritaire, veille comme l’œil de Moscou pour faire obstacle à ce rapprochement. Le sabotage, par Philippot, des journées de Béziers en est l’illustration. Pourtant, seul, Philippot ne ferait pas mieux que Chevènement, c’est-à-dire entre 1 et 3 %. Et il le sait, malgré les chantages incessants de gamin capricieux auxquels il se livre auprès de la présidente.

L’imposture de cette OPA chevènementiste est de se proclamer gaulliste. Quoi que l’on puisse penser par ailleurs de De Gaulle sur la trahison de l’Algérie, il a réhabilité la figure quasi monarchique du chef de l’État. Car le gaullisme est une synthèse entre la droite bonapartiste et l’héritage maurrassien. Souverainiste, il réaffirme la mission régalienne de l’État, aussi bien à l’étranger qu’à l’intérieur, identitaire (« La France est un pays de race blanche, de culture gréco-romaine et de religion chrétienne »), conservateur – il n’aurait certainement pas validé le mariage pour tous – mais aussi populaire : favorable à l’association du capital-travail, à la participation, œuvrant à la réindustrialisation de la France, il mettait le grand patronat au garde-à-vous devant lui comme jadis le roi mettait au pas les féodaux. Et de Gaulle n’aurait certainement pas accepté les leçons de morale du MEDEF en faveur de la mondialisation sauvage et de l’immigration. Enfin, de Gaulle a su faire la synthèse entre une France catholique et conservatrice et la France populaire.

Si Marine ne doit pas oublier la France périphérique qui constitue son socle électoral le plus solide – « à ceux qui n’ont plus rien la patrie est le seul bien » disait Jaurès –, elle ne peut faire l’économie d’une réflexion de fond sur cette révolution conservatrice qui s’est manifestée en 2013 ou dans les succès d’un Zemmour, d’un Ménard ou d’un Villiers, en l’intégrant dans un discours cohérent et enraciné contre l’idéologie libérale libertaire.

Le relèvement de la France est à ce prix.

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