Editoriaux - Politique - 9 février 2019

Frédéric Lefebvre voit la main du « fascisme » dans l’incendie du domicile de Richard Ferrand

On a appris, ce samedi matin, qu’une tentative d’incendie, probablement volontaire, avait eu lieu au domicile privé de Richard Ferrand, dans le Finistère. Le président de l’Assemblée nationale a aussitôt porté plainte. Les dirigeants politiques de tout bord, joints dans la matinée, ont unanimement condamné cet acte criminel et, plus généralement, les attaques des permanences et des domiciles des élus ou les menaces portées contre eux sur les réseaux sociaux. Un homme politique s’est cependant distingué, en incriminant « le fascisme ».

Frédéric Lefebvre, ancien membre de l’UMP, puis de LR, avant de participer à la création d’Agir, la droite constructive, a déclaré sans nuances, alors qu’on n’avait aucune information sur les auteurs de cet acte : « Le fascisme imbécile a encore frappé… Toutes les petites frappes antirépublicaines, des meneurs aux acteurs, des incitateurs aux récupérateurs, sont indignes d’estime et doivent être sévèrement punis à proportion de leurs actes, devant les tribunaux ou dans les urnes. » Il a même fait référence, sur une chaîne de télévision, aux attentats de l’OAS, citant le plasticage de l’appartement de Jean-Paul Sartre, en 1962.

Voilà qui le discrédite, s’il en était besoin. Non seulement il détourne l’Histoire en effectuant ce parallèle, mais il fait de cette tentative d’incendie, dont on connaîtra sans doute, dans les prochains jours, les responsables, une exploitation politique indigne. Au point qu’on peut se demander s’il ne cherche pas à attirer l’attention du parti présidentiel avec lequel il souhaiterait s’allier pour les élections européennes.

Rapprocher cet acte des attentats de l’OAS relève d’une méconnaissance singulière des circonstances historiques : la crise politique actuelle n’a rien à voir avec la situation de la France à la fin de la guerre d’Algérie. Mais il est facile et démagogique de pratiquer l’amalgame avec le fascisme, à l’instar du Parti communiste de l’époque, qui était, comme chacun le sait, le meilleur défenseur de la liberté. Faut-il rappeler, pour ceux qui l’auraient oublié, que le combat de l’OAS se voulait, avant tout, l’expression de la fidélité à la parole donnée ?

Traiter de fascistes des généraux, des officiers, des soldats ou des civils, dont beaucoup participèrent activement à la Résistance, c’est manquer, pour le moins, d’honnêteté intellectuelle. Il ne semble pas que Georges Bidault, qui présida le Conseil national de la Résistance après la mort de Jean Moulin, ni Jacques Soustelle, gaulliste de la première heure, puissent être qualifiés de fascistes. Ni tous les officiers qui défendirent l’Algérie française parce qu’ils estimaient que c’était leur devoir et qu’ils étaient prêts à tout perdre, fors l’honneur.

Quant à Jean-Paul Sartre, si rien ne justifie un attentat contre son domicile, il faut se souvenir qu’il soutint le FLN, qui utilisait contre la France les méthodes du terrorisme aveugle, qu’il fut solidaire des « porteurs de valise » et qu’il écrivit, dans la préface d’un ouvrage anticolonialiste, cette phrase terrible : « Il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre. »

Avant de se livrer à des commentaires abrupts et politiciens, Frédéric Lefebvre devrait, s’il veut qu’on le prenne au sérieux, tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Il est une violence qui ne vaut guère mieux que la violence physique et s’apparente à un acte de lâcheté : c’est celle des mots, des insinuations, des amalgames, qui prend sa source dans l’ignorance ou la mauvaise foi. Cette violence sera toujours ignoble et déshonore la cause qu’on prétend défendre.

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